Kerouac – Les clochards célestes [1958]
Au milieu des années 1950, Kerouac fréquente des adeptes du bouddhisme. Lui et ses potes gravissent une montage, font l’amour à une jeune nymphomane, vivent avec presque rien, se saoulent la gueule mais surtout, ils philosophent sur la vie.
Ce livre est une étape ultérieure à Sur la route. Kerouac s’est réconcilié avec la vie et il a choisi la spiritualité pour comprendre l’univers et la place qu’il y joue. C’est un livre frappant de sincérité où l’errance joue encore un rôle fondamental. Mais contrairement à Sur la route, Kerouac n’est pas dégoûté par la société. Il la voit avec toujours autant de lucidité mais c’est désormais un philosophe qui s’adresse à nous.
Après la révolte se pose —et se posera toujours— la question « Oui mais qu’est-ce qu’on fait? » Et la réponse de Kerouac est déroutante dans tous les sens du terme. Alors qu’il est en voie de devenir l’écrivain le plus important de sa génération, Kerouac prêche la simplicité, la tolérance et la communion avec la nature. Mais aussi de prendre le temps de vivre pour trouver sa propre voie.
L’écriture de Kerouac est moins flamboyante que dans Sur la route —ce qui lui vaudra d’être attaqué sans merci par la critique— mais elle est d’une remarquable efficacité. Kerouac possède un talent pour raconter, décrire et nous faire vivre ses excursions. Ses personnages sont bien campés et le seul bémol est leur grand nombre dans certains passages du livre, ce qui rend le récit légèrement confus par endroit.
Impossible de ne pas faire de lien entre Les clochards célestes et Sur la route. Sur la route est une longue dérape entre potes qui en ont marre. Les clochards célestes, c’est un peu la suite, lorsqu’on a fini par reprendre le contrôle du véhicule (ou de sa vie) et qu’on s’éloigne de ce qui aurait pu devenir une scène d’accident funeste. Kerouac a fini par trouver sa voie —différente de celle des autres protagonistes de Sur la route. C’est celle de la simplicité. Il n’est plus attiré par les héros plus grand que nature de Sur la route mais par les clochards célestes, des êtres anodins en apparence mais dotés de sagesse. Ils peuvent avoir l’aspect de clochards et voyager en train de façon illicite. Mais ils peuvent aussi vivre sur une terre en Californie, avoir des enfants et faire leur pain eux-mêmes.
Ce livre n’est pas celui qu’on attendait de l’auteur de Sur la route. Ça lui vaudra d’être attaqué à la fois par la droite conservatrice et la gauche qui lui reproche sa mollesse. Même ses anciens potes beats se distanceront de lui. Mais Kerouac a clairement trouvé sa voie et il a légitimé le fait d’être un parfait outsider, incompris peut-être, trainé dans la boue sans doute mais intègre envers lui-même.

