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À la rescousse de l’autofiction – Alain Cliche

28 novembre 2009

(voici un commentaire que j’ai publié sur le blog d’Éric Simard. Dans une de ses chroniques, cet auteur de Québec se questionnait sur : «la malédiction entourant le genre littéraire qu’est l’autofiction.»)

Personnellement, j’aime plonger dans l’univers d’un auteur. J’aime sentir que je me glisse sous sa peau et que j’arrive à me sentir comme lui au moment où il écrivait le texte. S’il est vrai que la recherche de soi constitue un moteur de créativité et que l’art est un peu une sorte de thérapie, cela ne discrédite en rien l’oeuvre d’un auteur. Le déséquilibre EST moteur de créativité. Si cette recherche esthétique est effectivement une pierre de salut pour certains, elle peut aussi ouvrir de nouvelles voies d’expression humaine, ce qui en soit est valable.

L’autofiction possède une qualité qu’on retrouve rarement dans la fiction pure. C’est l’aspect ressenti et authentique qui manque cruellement à tant d’oeuvres écrites par de brillants auteurs qui se dissimulent derrière de belles phrases et une intelligence un peu trop mise de l’avant. Bien sûr, les grands écrivains réussissent à nous «embarquer» dans leur imaginaire. Mais les grands écrivains ne sont pas légion. Je préfère un écrivain moins virtuose, mais qui saura me faire partager un univers. Un peu à l’image des premiers groupes punks qui ne savaient pas jouer mais qui avaient une telle énergie qu’ils nous allumaient totalement.

Pour un écrivain, l’autofiction a l’avantage de lui épargner le problème de la vraisemblance, à condition qu’il ait un minimum de talent. Mais il faut d’abord qu’il arrive à avoir suffisamment de distance avec son vécu pour arriver à écrire sans se censurer, ce qui est loin d’être évident quand on touche au drame humain et qu’on vit dans une société profondément marquée par la morale judéo-chrétienne. Là est la démarche thérapeutique.

Contrairement aux idées reçues, ça prend de l’imagination pour écrire sur soi et rendre ça intéressant. Même si la trame narrative et les personnages existent quelque part dans la mémoire de l’écrivain, il aura besoin d’une bonne dose de créativité pour arriver à juxtaposer tous ces éléments et que ça prenne vie… en un mot, que ça devienne de la littérature. Car il ne s’agit pas simplement de retranscrire fidèlement le quotidien. Il s’agit d’arriver à évoquer ce qu’on a ressenti. Et ça, ça s’appelle de l’art. Que ce soit en peinture, en littérature, en musique ou au cinéma.

Je vous laisse avec une citation de Vincent Colonna tirée du livre [Autofiction & autres mythomanies littéraires]

«Dante, Molière, Diderot, Chateaubriand, Proust, Kafka, Céline, Genet, Gombrowicz : autant d’écrivains qui présentent cette caractéristique de s’être donnés des doubles imaginaires, mis en scène dans leurs textes de fiction. Bien plus, le principe d’une pareille fictionnalisation de soi dépasse largement, par des voies qui restent à analyser, le cadre de la littérature pour se manifester dans des arts figuratifs comme la peinture, le cinéma, la photographie et même la bande dessinée. C’est assez dire l’ampleur et la complexité de cette forme imaginaire.»

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