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Le monde selon Bush – William Karel [2004]

2 décembre 2009

Farenheit 9-11 de Michael Moore m’avait laissé sur ma faim. Moore manquait de distance envers son sujet. Le film remporta la palme à Cannes manifestement pour des raisons politiques. Après ce succès, on oublia de le critiquer et on se croisa les doigts. On était juste avant les élections américaines. Tous les moyens étaient bons pour se débarrasser de Bush, même s’ils étaient éthiquement discutables.

Dans Farenheit 9-11, Moore juxtaposait des images hors de leur contexte, une technique de propagande inventée par Eisenstein (réf. : Le cuirassé Potemkine). Farenheit 9-11 remporta tant de prix qu’il fit ombrage à d’autres documents mieux faits et réalisés par des gens plus sérieux. Un de ces documents est Le monde selon Bush.

Dans ce film, William Karel, analyse les dessous de la politique américaine et notamment ses imbrications au Moyen-orient avec les témoins-clés de l’époque : d’anciens chef de la CIA, du FBI, des conseillers du président, des journalistes réputés… Bref, à peu près tous ceux qui ont marqué de près ou de loin la politique américaine des 15 dernières années.

Pas de voix off. Que des témoignages et un peu d’images stock. Le contenu des entrevues est spectaculaire. C’est ahurissant d’entendre un ancien conseiller politique révéler les dessous de tel ou tel événement. Le plus incroyable, c’est que tous ces événements liés ensemble donnent une image cohérente du tout, ce qui est une réalisation en soit vu la complexité du sujet. Il y a un moment fabuleux où un ancien directeur de la CIA, aujourd’hui très vieux, répond évasivement aux questions. Le réalisateur aurait pu couper. Mais non. La caméra reste sur lui. Rien n’est dit. Derrière ses épaisses lunettes, on voit ses yeux usés et on se demande bien ce qu’ils ont pu voir. Je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec le film le Parrain. Mais c’est moi qui créait ce sens. Ça ne m’était imposé par personne !

Le réalisateur —un français— a réussi à donner profondeur et rigueur au film. Sa distance lui a permis de faire une redoutable synthèse du fonctionnement de la cellule qui a pris le pouvoir à la Maison Blanche et des enjeux derrières les jolis discours de cette bande de malfaiteurs et de criminels, la pire qu’aient connue les USA selon plusieurs des témoins interrogés. Il faut voir ce sénateur démocrate de 85 ans de Caroline du Sud prononcer un discours enflammé et dévastateur à l’endroit de l’administration Bush et même critiquer sans vergogne les sénateurs, ceux-là même auxquels il s’adresse ! C’est le moment le plus dramatique du film. Sans montage ni trucage. Une leçon de cinéma pour Michael Moore !

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From → documentaires

2 commentaires
  1. Bruno Lefebvre permalink

    Bonjour Alain. Et bravo! J’apporte ici un léger bémol à ce documentaire, histoire de rappeler que Jean-François Lépine lui-même, le journaliste de Radio-Canada qui a présenté le documentaire au public québécois, est revenu sur sa diffusion dans le cadre d’une série animée par Florian Sauvageau sur les ondes du Canal Savoir et traitant de journalisme. En effet, J.F. Lépine y avouait que le contenu éditorial du documentaire n’était pas fiable à 100%. Radio-Canada en ayant acheté les droits de diffusion d’un grossiste en documentaire (pratiquant sans doute le dumping que l’on sait dans ce marché) et qu’aucune validation du contenu n’était possible étant donné le nombre d’intermédiaires jalonnant le parcours du document, de son producteur original jusqu’à la diffusion québécoise. Enfin, les règles d’éthiques journalistiques s’avèrent parfois élastiques lorsque l’on ne connait ni la probité des producteurs ni les lois propres au journalisme d’enquêtes dans certains pays moins scrupuleux qui en laissent passer, occasionnellement, des vertes et des pas mures. Ainsi, Lépine citait ce documentaire en exemple d’un dérapage éditorial de plus en plus présent et, faisant amende honorable, assurait que de tels documents ne passeraient plus en ondes à Radio-Canada.

    • Bonjour Bruno. merci du commentaire. Bien sûr, il est impossible de vérifier TOUTES les sources d’un documentaire. Mais pour ma part, j’ai davantage de problèmes avec la crédibilité de Lépine et de son employeur. En effet, Lépine s’est carrément fait museler il y a deux ans quand Radio-Canada a annoncé la fin de son émission d’actualité qui était pourtant très bonne mais qui critiquait un peu trop l’ordre établi ici même au Canada. Lépine est soit disant monté aux barricades pour en ressortir avec une émission d’actualité internationale. Ça me rappelle les journaux dans les années 1870. À l’époque, on ne pouvait pas trop critiquer la politique local alors on critiquait ce qui se passait à l’étranger. À moins que je ne m’abuse, on a assisté exactement au même scénario avec Lépine. Alors qu’il ait mis un bémol sur un documentaire incendiaire qui s’attaquait à Bush… Il aurait tout aussi bien pu y être obligé par son employeur. Pour moi Radio-Canada est LOIN d’être une référence objective en terme d’informations internationales.

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