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The Residents à Montréal [12.02.10]

21 février 2010

Le concert de la tournée Talking Light était au Club Soda, une salle un peu plus petite que le regretté Spectrum où eurent lieu les 3 concerts précédents.

Le décor était simple. Trois écrans circulaires suspendus et un salon américain typique avec un faux feu de foyer, une petite télé et un sofa.

Le concert s’ouvre avec une vieille pub radio de coca-cola : «I’d like to teach the world to sing… », un thème ironique qui reviendra à la toute fin du concert. On est déjà dans l’univers des Residents.

Le chanteur —baptisé Randy pour l’occasion— est vêtu en robe de chambre et il a une allure ridicule, avec d’énormes souliers de clown. Son personnage est très théâtral. Il bouge constamment les doigts, à la façon d’une sorcière. Deux musiciens sont de chaque côté de la scène et portent une sorte de chapeau fait de dreads disproportionnés. À noter qu’un des musiciens semble avoir pris sa retraite.

On a eu droit à une version éclatée de Semolina [Duck Stab], Demons Dance Alone [same], The Old Woman [Gingerbread Man], Bury Me Not [Cube E], My Window [Animal Lover], They Are the Meat [Wormwood] et plusieurs autres. Il y avait une légère confusion entre les pièces qui se ressemblaient parfois. C’est sans doute dû au fait qu’avec seulement deux musiciens pour accompagner Randy,  la partition musicale était moins élaborée. Du coup, on n’arrivait pas toujours à se situer dans le pantagruélique univers des Residents. Pour voir à quoi ça ressemblait, voici un petit clip réalisé par Michel Pinault (qui a aussi fait les photos) :

Un des thèmes abordé fut la vieillesse. Leur interprétation de Six more Miles (to the graveyard) d’Hank William [Stars & Hank Forever] fut d’ailleurs particulièrement prenante. Le thème des fantômes a aussi été abordé mais sans jamais utiliser la mythologie cheap d’Hollywood. Et puis Randy a aussi fait allusion aux mirror people, des créatures étranges qui vivent dans les miroirs. Ce thème prend de plus en plus de place durant le concert.

Randy nous a aussi raconté quelques histoires, comme un vieux grand-père sait le faire. Durant la magnifique pièce Unseen Sister [10 little piggies], Randy a projeté une vidéo d’une femme qui fume un joint et qui raconte des anecdotes de son enfance. En fait Randy semblait se remémorer des souvenirs. Ces pauses étaient un peu longues mais elles permettaient à l’assistance de reprendre son souffle entre les bombardements sonores.

On ne connaît pas les Residents. On ignore donc leur âge. Mais Randy doit logiquement approcher la soixantaine. Malgré ça, il avait une énergie à nous décoiffer. L’univers poético-dada des Residents nous a éclaté en pleine gueule tout au long du concert. Après avoir feint d’avoir terminé, Randy est revenu (en rappel) avec une sorte de costume blanc avec des led lumineux en dessous, ce qui pourrait évoquer la vie après la mort.

À mesure que le concert progressait, Randy faisait une fixation sur les mirror people. Ça revenait un peu comme un couplet et chaque fois, ce concept était un peu plus développé. Randy était obsédé par une créature qu’il voit dans le miroir… C’est à dire lui-même ! Au fond, Randy abordait avec ironie un des aspects de la vieillesse : la sénilité.

Les Residents sont-ils en train de devenir séniles ? Peut-être. Le climat glauque, l’entrecroisement de thèmes bizarres et cette obsession pour les mirror people, tout ça évoquait un climat de folie… et, avouons-le, il faut être fou pour faire de la musique aussi résolument anti-commerciale en 2010. Entre la folie et le génie, la ligne de démarcation est parfois mince. Pour ma part, je crois que les Residents penchent davantage vers le génie. Mais ça c’est une question de goût.

Les Residents étaient indiscutablement en forme. Ils ont distillé un extraordinaire mélange poético-absurde sous forme de musique et de performances. À l’ère des marketing bands le plus souvent interchangeables, les Residents sont une véritable bouffée d’air frais au milieu d’un océan de médiocrité.

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From → concert

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