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Perles de la musique post-punk

2 novembre 2010

Wire : 154 [1979]

Wire est un groupe fascinant qui a immédiatement emprunté un chemin original. Ce groupe n’a jamais essayé de sonner punk, ce qui est fidèle à l’esprit de l’époque… Pourquoi faire ce que d’autres ont déjà fait ? On se souviendra longtemps de leur premier album Pink Flag [1977], un classique punk. Sur 154, on découvre un groupe mature qui arrive à exprimer le mal de vivre comme peu de groupes ont réussi avant eux. De la sensation d’enfermement de 2 people in a room, à la sublime pièce The 15th qui fait ramollir notre armure et nous imprègne d’un sentiment à la fois grandiose et triste rarement égalé —une piste que les adeptes du Cold wave ont approfondie— en passant par The other Window où l’on se demande un peu dans quel sorte de bad trip d’acide on est… Chaque pièce possède son originalité et nous dévoile le fragment d’un panorama douloureux. Le tout fait avec goût, nuance et un remarquable équilibre entre la terreur et le chagrin. Le côté A se termine avec la superbe pièce On returning, une pièce rythmiquement plus proche du format punk mais avec tant de nuance qu’elle laisse loin derrière la grande majorité des groupes de l’époque. Le côté B s’ouvre avec les balbutiements de A Mutual Friend qui ajoute une nouvelle variation à ce qu’on a déjà entendu sur le reste de l’album. Avec Blessed State, on reprend où On returning nous avait laissés. Cette façon de continuer dans une autre pièce ce qui semble avoir débuté dans une autre rappelle un peu le cut-up, un procédé littéraire utilisé par William S. Burroughs. Les musiciens de Wire ont compris qu’on peut être punk et défendre ses idéaux avec autre chose que de la distorsion, des cris et trois accords de guitare. Chaque pièce brille d’inventivité et nous envoie dans une nouvelle direction sans toutefois nous abandonner complètement car il y a toujours un lien entre elles. C’est vraiment de la haute voltige ! Et la production de l’album est suffisamment bonne pour arriver à distinguer les idées qui éclatent et bourgeonnent tout au long de l’album… et y’en a un sacré paquet!

Kas-Product – Try Out [1982]

Lorsque Try Out est sorti en 1982, j’ai eu un choc. Ça avait un son qui allait beaucoup plus loin que ce à quoi m’avaient habitué les groupes new wave. Avec le recul, j’ai compris que cet album avait une sonorité «alternative». C’était plus rugueux, plus dur et complètement déjanté. Ce son allait être repris et développé par d’innombrables groupes au milieu des années 1980. L’album était sur le label RCA France, une étiquette pourtant réputée conservatrice. Mes morceaux favoris sont : Man of Time, une pièce avec une boîte à rythme qui se déchaîne, une ambiance sonore particulièrement étrange et la voix de Mona Soyoc qui nous crache en pleine figure sa poésie sombre. À noter que les ambiances schizoïdes sont le fruit de Spatz qui avait auparavant travaillé dans un hôpital psychiatrique. Never Come Back fut aussi un succès énorme. Cette pièce possède une rythmique encore plus folle et une mélodie accrocheuse. Le reste de l’album est plus que valable, à commencer par Pussy-X, une pièce où un sadomasochisme félin affleure de façon manifeste. Mona y joue à la fois le rôle du dominant et du dominé. L’autre pièce mollo du disque est Sober, où l’on peut apprécier sa voix plus qu’envoûtante. Try Out est un des grands albums de la période post-punk. Et je ne crois pas qu’on revoit un tel chef d’oeuvre de trashitude sur le label RCA de si tôt !

Chrome – Red exposure [1980]

Chrome est un de mes groupes favoris de la période punk-new wave. Ce groupe difficile à classer est un des plus originaux de l’époque. Chrome possède un son à la fois lourd à la limite de l’industriel et utilise quantité de sons atmosphériques intégrés avec génie à leurs morceaux qui sont de véritables sculptures sonores. L’album Red Exposure possède de nombreux moments forts. Eyes in the Center, une chanson pesante avec de puissants sons industriels et une guitare électrique qui, lorsqu’elle arrive, anéantit tout sur son passage ; Eyes on mars, une pièce saturée de climats d’anxiété et de roulements de tambour, New age, une pièce pesante avec un sublime traitement vocal qui conviendrait bien à un film d’horreur ou de science-fiction ; Electrik Chair une pièce moins lourde et presque pop avec des sons qui semblent jaillir des profondeurs de la terre ; et finalement, la fabuleuse pièce Statik Gravity dotée d’une mélodie cold wave, d’un brillant traitement vocal et de sons hautement trafiqués qui vont et viennent au gré de ces musiciens de génie. Décidément, on ne sait jamais à quoi s’attendre avec Chrome sauf peut-être à une expérimentation qui nous surprend toujours d’une écoute à l’autre. Chrome, un grand groupe qui en a influencé beaucoup d’autres.

Siouxsie and the Banshees : Once upon a time : the singles [1981]

Impossible d’aborder l’époque post-punk sans parler de Siouxsie and the Banshees. Siouxsie et sa bande firent parti du Bromley contingent, un groupe de fans qui gravitait autour des Sex Pistols à Londres. Plusieurs membres de ce groupe sont devenus des icônes de la culture de l’époque —notamment Billy Idol. Mais aucun n’a marqué l’époque autant que Siouxsie. Once upon a time est une compile des meilleures chansons du groupe. Avec d’abord Happy house, une pièce tristounette qui hantait les planchers de danse des clubs new wave. On y retrouve aussi Christine, un autre hymne sombre et triste, caractéristique du mood post-punk. Il y a aussi la superbe pièce Israel sans oublier le plus que classique Spellbound qui fut un des plus grands succès à l’époque. Cette pièce jouait juste assez dans nos tripes pour qu’on se mette à pogoter comme des dingues. L’album comprend aussi des morceaux comme Hong Kong Garden, du début de sa carrière.

PIL – Second Edition [1980]

Après la dissolution des Sex-Pistols, John Lydon est enfin libéré du format punk. Appuyé par le patron de Virgin, il fonde Public Image Limited  ou PIL. Second Edition, comme son nom l’indique, est le deuxième disque du groupe. C’est un album lourd et sombre rempli de basse profonde et de climats étranges. Lydon ne s’est pas calmé. Sa violence est maintenant intériorisée. Elle se manifeste à travers les climats d’anxiété qui saturent ce disque. L’album est excellent en entier mais j’ai mes morceaux favoris. Albatros, une longue chanson à la fois lourde et planante avec la voix éloignée de Lydon qui nous assène sa poésie coup de poing. Careering est un autre hymne pesant. Ça débute avec un cri très bizarre dans l’intro, et ça enchaîne avec une basse appuyée, d’étonnants sons de synthétiseurs et un genre de percussion incontrôlée qui ponctue le délire de Lydon. Graveyard est une pièce instrumentale avec une lourde basse, des cymbales saturées de distorsion et une guitare complètement déglinguée. Tout ça crée un drôle de climat morbide. Dans No bird, on se rapproche du format punk et Lydon prêche sa poésie cynique sur un bien curieux beat. Radio 4 est une remarquable pièce instrumentale douce et triste comme la mort. Socialist est une des rares pièces up beat de l’album mais sa structure est trop bizarre pour en faire un hit. Avec sa rythmique déchaînée et ses cymbales qui nous assomment au moment où l’on commence à perdre ses repères, on passe à un cheveu de la transe. The Suit est une pièce lente dans laquelle Lydon revient avec un registre vocal plus près de ce à quoi il nous a habitué sur le premier album First issue. La basse de Wobble tapisse le morceau du début à la fin. Second Edition est un album hermétique et sans aucune concession commerciale. Pas l’ombre d’un hit sur ce disque. Cet album a pourtant fait bien plus que tenir la route. Il a montré la voie que la musique alternative allait suivre. Second Edition est sans conteste le chef-d’oeuvre du groupe et un des grands albums de la période post-punk. PIL est un groupe que j’ai écouté en boucle à l’époque. C’est pourquoi il est mentionné d’innombrable fois dans mes livres. PIL sert d’ailleurs presque de trame sonore à Normal dont l’histoire se passe en 1981, soit une année après la parution de Second Edition en Amérique.



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