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Kerouac – Le vagabond solitaire [1960]

19 février 2011

Dans Le vagabond solitaire, Kerouac vit en marge de la société et suit son petit bonhomme de chemin à l’abri du brouhaha médiatique qui suit la sortie de Sur la route. Le livre est divisé en huit récits qui ont pour thème l’errance sous une forme ou sous une autre et qui sont agencés de façon à simuler un roman.

Le fellah du Mexique est le récit halluciné d’une escapade au Mexique, pays qui vit loin de l’ordre établi et de la façon américaine de faire les choses. La description de la corrida est particulièrement prenante et pleine de compassion pour le taureau —et symboliquement contre le système établi. Le sang, la religion et la mort s’y côtoient dans un remarquable tourbillon verbal.

Dans Le monde des trains, Kerouac nous raconte son boulot de serre-frein à 600$ par mois alors qu’il conserve un mode de vie austère et se contente de manger dans les cafétérias publiques, continue de fréquenter des clochards et dort au fond de wagons sales lorsqu’il est loin de chez lui. Kerouac est entré dans le système mais pas son âme.

Dans Les limons des cuisines marines, il quitte les chemins de fer et raconte les aléas de sa vie de cuisinier sur un navire. Kerouac tolère mal de repartir au bas de l’échelle et la discipline qui règne. Il croyait assumer son destin de vagabond en s’embarquant sur un navire mais réalise qu’il est plutôt à la merci d’êtres caractériels et finit par les quitter lors d’une escale.

Avec ses Scènes new yorkaises, on plonge dans l’univers beat. À l’image d’un guide, Kerouac nous fait visiter le New York underground des années 1950. Les cafétérias remplies de paumés, le kiosque à journaux, la librairie fréquentée par les obsédés sexuels et Chez Bickford —le restaurant qui sert de point de chute à Herbert Hunkey, à une bande de gangsters et à toute la faune pittoresque de Times Square.

Un des récits les plus intéressants est Grand voyage en Europe qui commence sur un cargo effectuant la traversée de l’Atlantique et qui le mène à Tanger où il côtoie William S. Burroughs. Le passage où il traverse la France et découvre Paris, «la plus belle ville du monde», est particulièrement touchant et son arrivée en Angleterre est épique.

Dans Seul au sommet d’une montagne, il relate en détail les 63 jours qu’il a passés à Desolation Peak comme garde-forestier. Cette nouvelle à teneur initiatique avait déjà fait l’objet d’un récit à la toute fin des Clochards célestes mais le récit est suffisamment bonifié pour le rendre à nouveau intéressant.

Dans le dernier récit, Le vagabond américain en voie de disparition, Kerouac défend la vie de vagabond et il en donne une définition très personnelle, assimilant la quête solitaire à plusieurs personnages illustres dont Benjamin Franklin, Walt Whitman, Bouddha, Beethoven, Einstein et Jésus ! Kerouac explique que le vagabond n’est plus toléré dans la société et qu’il est désormais traqué par la police. Alors qu’il raconte comment la vie du vagabond est de plus en plus difficile, on a l’impression que Kerouac parle de sa propre existence.

Au-delà de la prose extraordinaire de Kerouac, l’intérêt de ces récits est leur point de vue. À travers ses tribulations, il exprime une vision critique de l’Amérique. Et même lorsque le récit adopte une structure plus conventionnelle, il intègre toujours une phrase au milieu de nulle part qui nous rappelle son regard ironique. Kerouac pose sur les gens et les choses un regard qui nous oblige à nous interroger, ce qui est le propre d’une grande oeuvre. Et il le fait avec suffisamment de brio dans ce livre pour qu’il vaille la peine d’être lu.

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