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Les vies parallèles de Jack Kerouac – Barry Gifford/Lawrence Lee [1978]

27 septembre 2012

Cette biographie fut publiée neuf années après la mort de Kerouac. D’innombrables extraits d’entrevues avec ceux qui l’ont côtoyé la rendent étonnamment vivante.

Kerouac poussa William Burroughs à écrire mais il eut aussi un impact considérable sur Allen Ginsberg. Voici sa réaction après avoir lu The Town and the City, 1er roman de Kerouac : « la lecture de ce texte monstrueux me bouleversa […] elle m’émut tant, que j’écrivis mes premiers poèmes publiés […] le roman de Jack me poussa aussi à devenir un artiste… à vraiment me prendre au sérieux en tant que poète […] je compris soudain que nous avions le pouvoir d’écrire une œuvre immortelle. »

Beaucoup prétendent que Sur la route aurait été écrit en trois semaines à peine. John Clellon Holmes contredit cette hypothèse : « Il écrivit sept, peut-être dix autres débuts de roman mais ça ne collait toujours pas. Tout ça dura pendant au moins dix-huit mois. Nous étions en 1949. Son incapacité à écrire ce foutu bouquin l’écoeurait de plus en plus. […] en 1951, il se dit carrément : «Merde ! Suffit que je m’assoie et que je dise la vérité. » Et c’est ce qu’il fit. » [p. 87]

Neal Cassady et Jack Kerouac

Sa rencontre avec Neal Cassady, un bum de Denver au style de vie flamboyant, fut déterminante. Cassady exerça une si profonde fascination sur Kerouac qu’il en fit le héros de Sur la route. Kerouac s’est aussi inspiré de lui pour élaborer son style littéraire : « Je dois la découverte d’un style personnel fondé sur le jaillissement spontané aux merveilleuses lettres — prose libre de Neal Cassady. » [p. 97] William Burroughs : « Jack s’asseyait pour écrire pendant des heures. Sans pause, sans la moindre pause. […] Il disait toujours que la première version était la meilleure. […] Bien sûr, c’est tout à fait dans la lignée de Wolfe. Sa méthode de composition était très similaire ; le flux et l’écriture à grande vitesse. » [p. 191]

La publication du manuscrit de Sur la route fut un casse-tête pour Malcolm Cowley, son éditeur : « Je le lus avec passion, en parlai au comité de lecture de Viking, qui décida de le donner à deux autres lecteurs, mais leur réponse fut : «non». Kerouac vint me voir plusieurs fois et je lui dis : « il faut que tu commences par en publier des extraits dans des revues. » Je choisi le passage intitulé « La fille mexicaine », l’envoyai à The Paris Review qui l’accepta avec enthousiasme. » [p. 188] Cowley finit par imposer Sur la route et ce fut le début d’un long processus de réécriture qui dura sept ans : « Je ne m’en faisais pas pour la prose. Je m’en faisais pour la construction du livre […] l’histoire n’arrêtait pas d’aller et venir à travers le continent américain […] Je disais souvent à Jack : « pourquoi ne pas étoffer l’un ou l’autre de ces voyages afin que ton héros cesse un peu de faire la navette entre les deux côtes, pour donner plus de mouvement au livre ? » Et bien Jack fit une chose qu’il refusa d’admettre ensuite : il fit beaucoup de corrections —et d’excellentes corrections. Oh, il le nia toujours, car il était persuadé que les mots devaient couler sur la feuille comme du tube la pâte dentifrice, et que tout ce qui sortait de sa machine à écrire était un pain béni. » [p. 204]

La première édition

Publié en 1957, Sur la route est une bombe dans l’Amérique puritaine d’Eisenhower. « On lut Sur la route comme des nouvelles d’une autre planète, une planète habitée par un étrange groupe d’hommes et de femmes aussi peu touchés par la guerre froide qu’auparavant par les hostilités. » [p. 228] Joyce Glassman : « Ensuite parut dans le New York Times l’article de Milstein qui fut décisif pour le roman de Jack. Un article dans la rubrique quotidienne, quelque chose d’énorme, dépassant toutes les espérances de Jack, qui en fut bouleversé et effrayé, —il était mal à l’aise quand tous les projecteurs étaient braqués sur lui. » [p. 234]

Du jour au lendemain, Kerouac devint le point d’attention des médias, ce qui s’avéra difficile à assumer. John Clellon Holmes : « … les gens de la télévision et les journalistes venaient de l’interviewer cinq ou six fois et il ne savait plus qui il était, il était littéralement terrifié — au lit, la tête entre les mains. [Pour] la plupart des romans […] les gens se disent : « Tiens, j’ai bien envie de lire ce bouquin. » Mais quand Sur la route fut publié, la réaction fut : « Je veux connaître cet homme. » […] Et l’homme savait de moins en moins où il en était. Il passa à l’émission télévisée de John Wingate ; deux minutes après le début du show, je reçus des coups de téléphone de gens qui me disaient : « Il faut que je rencontre ce type. Absolument.Tu le connais, présente-le moi. » […] Les femmes me disaient : « Faut que je baise avec lui. » […] tout ça était profondément déroutant pour un type comme Kerouac, génie terriblement simple et conventionnel. Ça le déboussola tellement qu’il ne put jamais, jamais, jusqu’à la fin de ses jours, se remettre en selle. » [p. 235]

Hal Chase, Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs sur le campus de l’université Columbia.

John Clellon Holmes : «Il fuyait avec horreur cette image monstrueuse de Roi des Beats. Il fuyait tout ça, désirait l’oubli — et c’est là que l’alcool entre en scène. Jack a toujours salement bu. Il buvait toujours trop. Comme nous tous, mais Jack buvait consciemment ; une habitude raisonnée, il buvait pour des raisons précises. » [p. 245] « Je ne suis pas sûr qu’on mérite la gloire quand on sait la supporter. Lui la méritait, car c’était un grand écrivain, d’après moi, mais rien dans sa personnalité ne pouvait y résister, la prendre pour ce qu’elle était, se dire : « Bon, je sais bien qu’ils ne parlent pas de moi, mais de l’idée qu’ils se font de moi.  » Jack avait d’énormes zones — je répugne à le dire : d’ignorance mais c’est un fait. C’était aussi sa force. S’il avait compris comment le monde fonctionne, il ne se serait jamais brisé le cœur pour lui. » [p. 306]

Malgré son alcoolisme et ses problèmes, Kerouac publia une quinzaine de livres entre la parution de Sur la route, en 1957, et sa mort, en 1969. Les plus importants sont : les Souterrains [1958], Les Clochards Célestes [1958], Docteurs sax [1959], Le vagabond solitaire [1960], Big Sur [1962] et Anges de la désolation [1965]. Longtemps boudé par l’establishment littéraire, Kerouac a pourtant laissé une empreinte durable sur la société. Malcolm Cowley : « À mon avis, on se souviendra surtout de Jack à cause de Sur la route ; il existe une petite place dans l’histoire de la littérature américaine pour sa découverte d’une nouvelle génération underground défendant de nouvelles valeurs. Il fut évidemment un précurseur de la révolution des années 60. Mais bizarrement, alors que cette révolution a plutôt reflué, on lit toujours Sur la route. » [p. 306]

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