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Le vagabond des étoiles – Jack London [1915]

7 avril 2013

le vagabond des étoilesLe vagabond des étoiles raconte l’histoire de Darell Standing, un assassin condamné à perpétuité à la prison de San Quentin, peine qui sera commuée en peine capitale en raison d’une règle administrative. En effet, dès qu’un prisonnier purgeant une peine à perpétuité frappait un gardien, il était automatiquement condamné à la potence. C’est donc dans un cachot que se passe la majeure partie du roman.

La rumeur courait qu’un prisonnier aurait fait rentrer 35 kilos de dynamite dans les murs de la prison et le directeur soupçonnait Standing de savoir où elle était cachée. Pour le faire parler, il lui inflige la camisole de force. Le prisonnier était roulé puis ligoté dans une toile qui lui comprimait la cage thoracique au point de bloquer la circulation sanguine et de l’empêcher presque de respirer. Ces séjours de camisole étaient assortis de jeûnes et supervisés par un médecin qui s’assurait que le prisonnier survive à ces séances de torture qui pouvaient durer plusieurs jours.

Ses voisins de cachot communiquent en frappant des coups dans le mur. Avec le temps, il réussit à percer leur code et se joint à leurs échanges. Ed Morell lui explique que lorsqu’on est dans la camisole et qu’on est très faible, il existe une technique pour sortir de son corps —la petite mort— grâce à laquelle on peut voyager à l’extérieur des murs de la prison. Standing met en pratique cette technique et, dès lors, passe de longs moments à revivre des vies antérieures.

Il est d’abord emporté dans le Paris chevaleresque à l’époque des combats de cape et d’épée où il meurt une première fois. Son second voyage l’amène dans une caravane à l’époque du Far West. Alors qu’il n’a que neuf ans, la caravane est massacrée par des Indiens et des Mormons et il meurt à nouveau. Ces excursions hors de son corps sont entrecoupées de retour à la réalité où Standing est interrogé par le directeur de la prison qui persiste à vouloir lui faire cracher le morceau au sujet de la dynamite. Au risque de le tuer, il lui inflige des peines de camisole toujours plus longues, ce qui permet à Standing de revivre différents épisodes de ses vies antérieures, de l’époque des Kun en Corée à celui de naufragé en mer Arctique en passant par les derniers jours du Christ à Jérusalem.

Le vagabond des étoiles est un livre captivant, riche en réflexions existentielles. L’alternance entre les voyages hors de son corps et les mauvais traitements subis en prison permet de faire passer un contenu qui eût été sinon indigeste. Le seul reproche qu’on peut lui faire est la durée de certains épisodes de « petite mort » qui forment presque un livre dans le livre. Même si la plupart sont captivants, ce sont des digressions narratives qui nous éloignent de l’intrigue principale. C’est sans doute pourquoi la traduction de 1925 abrégeait le texte d’origine.

Pour écrire ce livre, Jack London s’est inspiré de la vie d’Ed Morrell qui fut emprisonné durant de longues années à San Quentin. C’est lui qui fournit à London les détails au sujet des conditions d’incarcération et qui lui parle de la « petite mort ». London était particulièrement enthousiaste à l’idée d’écrire ce livre : « Dieu, Ed., savez-vous ce que cela signifie pour moi ? […] C’était l’ambition de ma vie de décocher un coup de poing qui fasse vaciller sur ces bases ce système carcéral américain, entièrement critiquable, et complètement pourri. Je veux que ce soit mon chef-d’œuvre. »[1]

Pour arriver à ses fins, London est allé jusqu’à contredire ses croyances en suggérant que l’esprit persiste sur la matière. Il le confirme d’ailleurs dans une lettre à sa mère : «… je me sens très coupable de l’avoir écrit car je n’en crois rien…»[2] Le jeu en aura valu la chandelle puisque London eut gain de cause sur le système carcéral américain, amendé sous la pression publique que fait naître la publication du roman. Avec Le vagabond des étoiles, London nous a légué un prodigieux roman initiatique.


[1] Voir page 1028 du livre Du possible à l’impossible.

[2] Voir page 337 idem.

 

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