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Perles musicales des années 1960

15 septembre 2013

imagesAu risque de passer pour un hérétique, il n’y a pas eu que les Beatles dans les années 1960… y a eu un sacré paquet d’autres BONS groupes rock ; les Beach Boys, les Byrds, Doors, Kinks, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Turtles, Velvet, Who, Yardbirds, Zombies… sans parler du free jazz, R&B, soul, motown… Voici quelques albums moins connus qui sont parmi mes favoris des années 1960 :

(cliquez ici pour entendre un échantillon de la musique mentionnée.)

Screaming Lord Sutch – Rock & Horror [1982]

Malgré son absence manifeste de talent comme chanteur, Screaming Lord Sutch a joué avec Keith Moon, Jimmy Page, Jeff Beck et Ritchie Blackmore… En 1963, il fonde une station pirate, radio Sutch, d’abord installée dans un bateau de pêche puis ensuite dans un camp fortifié sur une île.

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Au début des années 1960, il enregistre quelques tubes qui établirent les balises de ce qui allait devenir le Shock Rock, des années avant Alice Cooper (mais après Screamin’ Jay Hawkins qui en est l’inventeur). Dans ses chansons, il aborde souvent des aspects scabreux ou morbides. Sa chanson la plus connue, Jack the ripper, fait référence au plus célèbre tueur en série de l’histoire. La pièce est admirablement bien produite avec de terrifiants cris de femme et tout le tralala si bien qu’on comprend aisément qu’elle ait eu peu de succès lorsqu’elle sort sur 45 tours en 1963. Trois ans plus tard, Lord Sutch récidive avec All black and Hairy. Cette fois-ci l’intrigue se déroule dans un cimetière avec, encore une fois, nombre d’effets sonores des plus réalistes et des paroles particulièrement drôles qui en font un classique pour les partys d’halloween. C’est encore un peu la même chose avec Screem and Screem mais cette fois sur une rythmique ska des plus entraînantes. Note : l’album Rock & Horror est une compile et malgré mes recherches, j’ai été incapable de trouver les dates de parution des autres morceaux.

Napoleon XIV – They’re coming to take me away [1966]

Les années 1960 furent riches en expérimentations. Le marketing n’avait pas encore imposé sa dictature au mode de production. C’était l’époque du free jazz et du cinéma expérimental.

Napoleon XIV

Napoleon XIV est un projet qui s’inscrit dans le courant de rock satirique auquel ont appartenu les Mothers of Invention, le groupe de Frank Zappa. L’album célèbre avec une folie contagieuse l’aliénation mentale, la schizophrénie, les hôpitaux psychiatriques, le LSD et le mode de vie nord-américain. Quand on pense que le 45 tours éponyme a atteint la 3e position du top 40 et qu’il se vendit à près d’un million d’exemplaires, on comprend un peu mieux l’état d’esprit qui régnait durant ces fameuses années 1960. En plus du classique They’re coming to take me away ah-ah!, l’album recèle d’autres pièces intéressantes comme Doin’ the Napoleon, Photogenic Schyzophrenic You et plusieurs autres clins d’œil à la normalité. Le repiquage sur CD fait par Rhino [1996] inclut d’autres chansons de Jerry Samuel (le compositeur) mais ces ajouts n’amènent rien d’essentiel à ce qui avait déjà été dit. À éviter si vous appartenez à la droite religieuse et obligatoire si vous êtes un apôtre de la contre-culture.

Perrey/Kingsley – The in sound from way out! [1966]

Parfois, le hasard met en contact deux compositeurs et le résultat semble sortir tout droit d’une autre planète. C’est le cas avec ce disque. Dès les premières notes, on comprend qu’on a affaire à des gens qui ont un fabuleux sens de l’humour et une incontestable virtuosité. Contrairement au reste de cette sélection, il ne s’agit pas d’un disque rock mais d’un incontournable disque kitsch.

The+in+Sound+From+Way+Out+InsoundGershon Kingsley et Jean-Jacques Perrey œuvraient tous les deux dans le développement de la musique électronique et décidèrent de faire un disque ensemble. Ces deux pionniers croyaient naïvement inventer la musique de l’avenir mais ils ont fait beaucoup mieux en créant un genre musical qu’on nomme le moog. À l’aide de savants procédés — l’un d’eux consistant à créer des centaines de boucles sonores avec du ruban audio et à le faire jouer de toutes les façons possibles— ils réussissent à créer des textures sonores inédites à l’époque. On reconnait ici et là des airs de pièces connues en version pittoresque et saturées d’éléments sonores inusités. Dans Swan’s Splashdown, un cri de cochon contribue à la rythmique. Barnyard in Orbit fut utilisé comme jingle pour la télé quand j’étais jeune. Cette pièce entraînante est elle-aussi traversée d’effets sonores futuristes, incluant des sons de canard. Le  délire se poursuit dans Spook in Space avec un thème classique savamment perverti. La tonalité légère et sympathique de Computer in Love convient à une émission pour enfant et le son à la toute fin fut d’ailleurs samplé pour Les 100 tours de Centour (j’en ai eu confirmation un jour où j’ai croisé le type qui avait fait la musique). Le vinyle d’origine est magnifiquement produit sur la prestigieuse étiquette Vanguard.

The United States of America – ST [1968]

Ce groupe psychédélique de Los Angeles a lui-aussi repoussé les limites techniques d’enregistrement de l’époque pour la plus grande satisfaction des auditeurs sous l’influence de LSD.

TUSOALe disque s’ouvre avec The American Metaphysical Circus où un orgue de barbarie, une marche militaire et d’autres sons se superposent graduellement jusqu’à en devenir cacophoniques. Ce montage se fond progressivement dans la chanson dotée d’une voix habilement trafiquée et de sons insolites qui traversent le morceau. Les paroles évoquent un jeu de fête foraine dans lequel on peut torturer voire saigner des enfants ; And the price is right, The cost of one admission is your mind. Cette chanson dénonce magistralement la guerre et l’aliénation. La suivante Hard Coming Love démarre en lion avec un tempo rapide, un genre de solo de guitare et des sons électroniques qui appuient cette agression sonore. Ensuite ça se calme et la voix de Dorothy Moskowitz débite des paroles d’amour peu convainquantes. Ce décalage entre le thème et sa voix blasée rappelle un peu Nico au sein du Velvet. Coming down est un autre bon moment du disque avec une panoplie de sons bizarres qui traversent cette pièce upbeat et sympathique. Ça enchaîne avec Love song for the dead Che, une pièce douce et sentimentale qui brille par sa sobriété. La composition est majestueuse et la voix de Dorothy Moskowitz continue de nous hanter bien après la fin. La dernière pièce The American Way of Love est un genre de pot-pourri psychédélique reprenant plusieurs éléments sonores des pièces précédentes. Ça s’en va dans à peu près toutes les directions et, par moment, ça frise le génie.

The Banana Splits – We’re the Banana Splits [1968]

The Banana Splits fut un extraordinaire show de télé pour enfant diffusé dans les années 1960-70. Quatre marionnettes géantes faisaient toutes sortes de pitreries dans des décors excentriques à la sauce californienne.

LPsplitsCeux qui ont regardé ce show se souviennent de la fameuse pièce thème intitulée The Tra La La Song qui nous faisait courir jusqu’à la télé, mais le disque possède d’autres morceaux intéressants dont We’re Gonna Find a Cave, une pièce groovy et soul avec de la guitare et des arrangements propres à la période psychédélique. Wait Til Tomorrow est un morceau baroque avec du clavecin et un mood légèrement nostagique. We’re the Banana Splits est une chanson joyeuse dont la luminosité discrète nous illumine de l’intérieur. En fait, tout le disque est saturé de joie de vivre. Une autre pièce que j’aime bien est Toy Piano Melody, un morceau instrumental avec orgue de barbarie idéal pour un sketch de Charlie Chaplin. Don’t Go Away—Go-Go Girl, comme son nom l’indique, est une pièce gogo. Ce disque est un bijou sympathique de A à Z.

Silver Apples – Contact [1969]

J’ai découvert les Silver Apples quand je travaillais comme DJ aux Foufounes électriques, en 1985. Je relate cet épisode dans le chapitre intitulé Pomme d’argent de mon 1er livre — Accro vinyle.

screen-shot-2012-09-30-at-19-08-161Silver Apples est un des groupes les plus plus originaux des années 1960. Danny Taylor et Simeon formèrent un groupe pour accompagner the Magic Muppet Theater de New York. Jusque là, rien de spécial. Mais voilà… ces deux illuminés se sont patentés un genre de synthétiseur maison avec des oscillateurs industriels et l’ont surnommé le Simeon. La batterie est jouée de façon totalement répétitive, comme s’il s’agissait d’une boîte à rythmes, ce qui était précurseur pour l’époque. La pièce maîtresse est You and I, un genre de ballade amoureuse déjantée sous acide. Ma favorite est Gypsy Love qui débute avec d’inquiétants sons d’orgue et qui enchaîne avec un tourbillon de sons électroniques primitifs fabuleusement agencés avec le son du simeon qui semble coincé entre deux notes. Cette pièce particulièrement malsaine nous amène directement au sous-sol de l’underground. Les paroles de Danny Taylor ne sont pas rassurantes non plus. Il semble se battre avec les machines électroniques et on a du mal à dire qui en sort gagnant. La pièce la plus accessible est I Have Known Love. Saturé d’une sorte de joie naïve, ce moment mémorable recèle tout de même certaines dissonances bien contrôlées. Immédiatement après, on replonge dans les profondeurs avec A Pox on You, incantation bizarroïde et malsaine. Ensuite, c’est Confusion, une pièce légère avec du banjo qui contraste avec le reste de l’album. Il faut le dire, le son des Silver Apples est difficile d’approche mais peu de groupes dans l’histoire du rock ont été aussi précurseurs qu’eux.

White Noise – An Electric Storm [1969]

White Noise est un projet né dans les laboratoires radiophoniques de la BBC, projet chapeauté par une petite équipe de techniciens/musiciens dont le boulot était de créer des effets spéciaux et de la musique pour la radio et la télé.

anelectricstormDoté d’une quantité hallucinante de sons collés ensemble avec la bonne vieille technique de l’assemblage de bandes magnétiques, An Electronic Storm est un disque plus proche de la bande son que du rock. Mais on y trouve des chansons douces, étranges, psychédéliques et tout simplement remarquables, avec une douce voix féminine qui se faufile à travers ces planantes sculptures acoustiques. Ça débute avec Love Without Sound, une pièce douce et dynamique striée de sons bizarres qui nous propulsent en plein surréalisme. Au menu : battements cardiaques, soupirs et une myriade de sons impossibles à décrire… le tout remarquablement agencé. My Game of Loving est une sorte de baise sous acide avec un cocasse passage triple X et des dialogues chuchotés. Here Comes the Fleas est une pièce cartoonesque où l’on retrouve ces boucles sonores qui sont un peu la signature de la musique pop électronique des années 1960. Le délire se poursuit avec Firebird où une voix masculine, des sons de synthétiseur et des percussions non-identifiables s’insèrent ici et là, histoire de nous rappeler qu’on est sur le chemin d’Alice au pays des merveilles. Your Hidden Dreams clôt le premier côté… c’est un peu la continuité de la précédente mais avec une voix féminine. Le mood se poursuit mais dans une variation hypnotique et ça se termine sur les paroles : Take me and you begin to understand. Parle-t-on d’acide ? Ce serait logique car le second côté du disque est beaucoup moins accessible. La pièce The Visitation conviendrait bien comme bande-son pour un film bizarroïde. Ça part dans tous les sens et c’est moins convainquant mais tout aussi intéressant en terme d’expérimentation. La dernière pièce s’intitule The Black Mass An Electric Storm in Hell. Il s’agit d’une suite d’expérimentations sonores qui pourraient être utilisées pour un film bizarre dans le genre lourd et insupportable. Mais le disque en vaut amplement la peine pour le 1er côté.

Shocking Blue – ST [1970]

Le groupe Hollandais Shocking Blues est connu pour son hit Venus mais cette compile contient d’autres bons morceaux  produits entre 1968-69.

MI0001792517La première pièce de résistance est The Buttterfly and I. Ça commence tout doucement avec une cithare qui intervient juste assez pour nous faire sentir l’influence des musiques ethniques sur le groupe. La pièce évolue lentement vers un son psychédélique agrémenté de  trompette. Comme on connaît bien la pièce Venus reprise par Bananarama en 1986, je ne m’éterniserai pas dessus. California here I come est une belle pièce avec de la guitare psychédélique. Il y est question de quelqu’un qui essaie de se rendre en Californie, comme l’indique le titre. La pièce suivante Poor Boy est un peu la suite de la précédente. Dans les paroles, il est encore question de quelqu’un long way from home. Une autre pièce que j’adore est Acka Ragh, un morceau instrumental qui fait une belle place à la cithare. Cette excellente pièce pourrait facilement servir pour une sélection lounge. Avec la pièce suivante, Love buzz, on revient dans le son psychédélique mais il persiste une touche d’exotisme comme à tant d’autres endroits sur ce disque.

Bruce Haack – Electric Lucifer [1970]

Originaire d’Alberta, Bruce Haack part pour New York en 1954 où il fait de la musique pour des compagnies de danse et des théâtres. Enregistré en 1968-69, The Electric Lucifer est son premier opus rock. L’album aborde la lutte entre le bien et le mal. Le thème sous-entendu de l’album est le «Powerlove», une force divine qui unit l’humanité et pardonne aussi Lucifer et ses transgressions.

bruce_haack_-_the_electric_lucifer_-_front_lp-scaled1000Ça débute avec Electric to me turn, une pièce à consonance électronique où l’on sent des influences de musique enfantine et qui se termine dans un genre de bouillie à la White Noise. La pièce Cherubic Hymn est révolutionnaire en termes esthétiques. Avec ses remarquables sons de basse qui semble être séquencés, on dirait presque du techno. La pièce War alterne entre ambiances bizarres et enfantines. À travers l’orgie de sons électroniques se découpent quelques passages intéressants. National Anthem to the Moon est une pièce minimaliste qui ne ressemble à rien de ce qui se produisait à cette époque. Avec un genre de structure proto-techno, Word Game est un autre passage musical intéressant appuyé de solides sons de basse et de sons aériens qui virevoltent au-dessus de paroles minimalistes. La voix bizarre se contente d’énumérer et d’épeler des mots. Malgré son titre, Song of the Death Machine est une pièce d’humeur enfantine pleine de clins d’œil humoristiques avec des voix traitées de façon électronique qui font parfois penser aux fameux Residents. Super Nova [Good News] évoque la musique ethnique à travers la lorgnette des oscillateurs et de poésie chuchotée. On peut reprocher à cet album son manque de cohérence. Les morceaux partent un peu dans tous les sens et certains passages laissent un arrière-goût hippy en raison des paroles, mais il y a tant d’idées qui fusent ça et là que ça compense pour cette écoute quelque peu confuse.

Note : les pièces en brun sont dans le mix.

© Alain Cliche 2013

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