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Chrome – pionnier du rock industriel

1 avril 2014

 

inworldsLe groupe Chrome a vu le jour à San Francisco en 1976. Fondé par l’expert en manipulation de bandes magnétiques Damon Edge et deux autres musiciens, Chrome trouve son son lorsque le guitariste Helios Creed se joint au groupe l’année suivante. Chrome se distingue par une esthétique à la fois psychédélique et industrielle  et les climats d’anxiété qui tapissent tous leurs disques. Peu de groupes ont exploré le côté sombre de la psyché avec autant de brio. Cliquez pour écouter un échantillon de la musique mentionnée.

Alien Soundtrack [1977]

Chrome_-_Alien_Soundtracks-320x320Alien Soundtrack est un disque bizarre doté d’une esthétique nettement plus disjonctée que les disques punks de l’époque. Avec sa batterie qui se déchaîne, sa voix d’outre-tombe et sa guitare qui hante toute la pièce, Chromosome Damage est l’archétype des pièces de Chrome. En plein milieu, tout se met à aller à l’envers et ça repart. The Monitors est un peu la suite. Pygmies in Zee Park débute avec une cacophonie qui rappelle la musique concrète. Ça évolue lentement et, après un coup de gong, débute alors un remarquable passage psychédélique doublé d’une voix de crooner ! Plus loin, ça repart dans une autre cacophonie bizarroïde à la Residents. Slip it to the Android est une autre curieuse pièce avec du violon qui aide à donner l’impression que ça part dans toutes les directions. Alien Soundtrack est un album low-fi truffé d’expérimentations sonores souvent réussies mais qui souffre de son esthétique garage.

Half Machine Lip Moves [1979]

chrome-half-machineHalf Machine Lip Moves est un opus dédié au bruit et au rock réduit à sa plus simple expression. Avec sa mélodie accrocheuse, TV as Eyes possède à la fois un rythme enlevant et une ambiance trash qui nous électrisent dès les premières secondes. Zombie Warfare est un morceau presque dansant avec de la guitare qui vient ici et là scier le panorama. Après deux minutes, ça coupe et on se retrouve dans un endroit différent mais tout aussi malsain. Un peu plus loin ça coupe encore abruptement et on est encore une fois projeté complètement ailleurs. Décidément, Chrome a une vision très personnelle de la progression. You’ve Been Duplicated débute de façon presque diabolique avec un rythme syncopé et des sons qui pourraient bien provenir d’un exorcisme. Heureusement, ça ne dure pas ! La pièce Half Machine Lip Moves débute avec une rythmique primitive avant de se transformer en un morceau profondément envoûtant avec des voix savamment trafiquées. Où est-ce qu’on est ? Difficile à dire, mais une chose est sûre : on est en terre inconnue et vaut mieux se méfier de ce qui pourrait nous tomber sur la tronche. Chaque pièce de Half Machine Lip Moves est saturée d’idées intéressantes noyées dans une production qui ne fait pas toujours bien ressortir ce bouillon sonore haute densité. Mais l’album est excellent et selon plusieurs, c’est leur meilleur.

Red Exposure [1980]

redexposureRed Exposure a été produit sur le label indépendant britannique Beggars Banquet. C’est sans doute ce qui explique qu’il bénéficie d’une meilleure production. Non seulement cela fait mieux ressortir les idées du groupe, mais les morceaux semblent aussi plus homogènes, ce qui décuple leur efficacité. Cet album possède de nombreux moments forts. Eyes in the Center, une chanson pesante avec de puissants sons industriels et une guitare électrique qui, lorsqu’elle arrive, anéantit tout sur son passage ; Eyes on mars, une pièce saturée de climats d’anxiété et de roulements de tambour, New age, une pièce pesante avec un sublime traitement vocal qui conviendrait bien à un film d’horreur ou de science-fiction ; Electrik Chair une pièce moins lourde et presque pop avec des sons qui semblent jaillir des profondeurs de la terre ; et finalement, la fabuleuse pièce Statik Gravity dotée d’une mélodie cold wave, d’un brillant traitement vocal et de sons hautement trafiqués qui vont et viennent au gré de ces musiciens de génie. Décidément, on ne sait jamais à quoi s’attendre avec Chrome sauf peut-être à une expérimentation qui nous surprend toujours d’une écoute à l’autre.

Blood on the Moon [1981]

MI0000837737Blood on the Moon est un retour à un son un peu moins produit. C’est un autre disque avec des pièces saturées de distorsion et d’effets sonores bizarroïdes qui le font par moment pencher du côté de la musique industrielle. The Need est un morceau rapide qui nous saute en pleine face dès le début avec un traitement vocal  particulièrement intéressant. Perfumed Metal poursuit cette course effrénée, le tout saturé de traitements électroniques astucieux. The Strangers explore  l’univers psychédélipunk de Chrome, tandis que Insect Human repart de plus belle dans un tempo plus rapide avec des vagues d’effets électroniques qui viennent court-circuiter nos neurones sur un cycle régulier. Après 2:45,  le tempo ralentit et le son devient pesant comme si l’insecte s’était finalement transformé en monstruosité. Chrome est particulièrement habile à effectuer ce genre de transition radicale en plein milieu d’une pièce. Brain on Scan est une variation de ce qu’on a entendu avant avec, encore une fois, des effets sonores qui déchirent la musique. Blood on the Moon rappelle le dub minimaliste du fameux Metal Box de PIL. Out of Reach termine l’album sur une note lourde. D’une pièce à l’autre, les sons et rythmes sont souvent semblables voire répétitifs, mais ça contribue à créer un puissant effet de transe industrielle dont on ne s’évade pas facilement.

3rd From the Sun [1982]

3rd_From_SunAvec 3rd From the Sun, Chrome atteint son apogée. Le son est lourd et tous les éléments convergent dans la même direction pour une redoutable efficacité. Ça débute en lion avec Firebomb qui ramène la voix Iggyesque qu’on n’avait pas entendue depuis un moment. Futur Ghost enchaîne avec une voix hantée qui nous flanque la frousse et un astucieux son de guitare qui nous scie les tympans. Et kesse que ça sonne ! Faut entendre cette symphonie industrio-gothique sur un système de son qui déménage… Assez malade merci !  Armageddon diffuse une ambiance lourde et étouffante qui se développe sur plus de huit minutes avec une basse qui arrache tout. Chrome a réussi une parfaite synthèse de tout ce qu’il a développé au cours des années et ça le mène vers un métal qui a la densité de l’uranium. Le début de Heartbeat est plus proche de ce à quoi nous a habitué le groupe ; du rock pesant bourré d’effets sonores et une voix trafiquée. Après une légère pause vers le milieu, ça repart en force avec un genre de transe industrielle très fignolée. Off the Line est une superbe pièce atmosphérique qui flirte avec l’esprit des morts et nous plonge en plein sortilège d’un univers paranormal. Shadows of a Thousand Years poursuit ce long passage dans les ténèbres. Chrome nous avait habitué à des univers glauques mais avec toujours un petit quelque chose de lumineux. Dans 3rd From the Sun, il n’y a plus de lumière et l’obscurité est si dense qu’on étouffe un peu.

Chrome Box [1982]

Chrome+Box

Le Chrome Box[1] regroupe à peu près tout ce que le band a produit. En plus des albums énumérés ci-dessus, on y trouve aussi les 3 pièces de la compil Subterranean Modern[2] — Anti-fade, I left my Heart in San Francisco et Meet you in the Subway. Anti-fade est une pièce enlevante et rapide, presque hardcore avec une légère consonance asiatique et des sons qui planent au-dessus de la mêlée. Meet You in the Subway est une pièce d’anthologie pour tous les amateurs du groupe. La mélodie est brillante, la guitare se déchaîne et malgré la densité sonore, tout est parfaitement dosé… jusqu’à ce que ça se mette à déraper vers le milieu dans un passage légèrement chaotique où les éléments luttent un peu entre eux. Et puis ça reprend en beauté jusqu’à la fin. Le Chrome box contient aussi les pièces du 12 pouces InworldIn a Dream et Danger Zone. In a Dream commence avec de la basse lourde à laquelle s’ajoute un riff de guitare très rock. Après environ 2 minutes, un puissant son de synthé nous transperce sans pitié et on décolle carrément, assommés par une violente transe. Un chef d’œuvre à écouter fort ! Danger Zone est un morceau pesant saturé de sons qui planent au gré de la musique. Vers le milieu, les instruments convergent et se déchaînent dans un passage flangé qui nous propulse en-dehors du champ gravitationnel avec des voix de radio et maints effets. Le Chrome Box contient aussi quelques b-sides de 45 tours rares et des versions live provenant d’un concert à Bologne, Italie.

Half Machine From The Sun – The Lost Tracks ’79-’80 [2013]

chrome_halfHalf Machine From The Sun est une compil de pièces ne figurant pas sur les albums. Plusieurs semblent être des out-take de l’album Red Exposure, c’est-à-dire de la meilleure période de Chrome. Tomorrow Yesterday enchaîne d’ailleurs avec Eyes in the Center, qui est sur Red Exposure. Dans Fukushima (Nagasaki), la guitare est mise de l’avant avec des sons de monstres. S’agit-il des gargouillements gastriques de ces mutants qui un jour traverseront nos cités abandonnées sur des motocyclettes modifiées ? Ça en a tout l’air. L’intensité est quelque peu atténuée grâce à de courtes pièces qui font office d’intermissions. C’est le cas de Charlie’s Little Problem, une pièce qui rappelle un peu l’univers enfantin des Residents. Dès que débute Sub Machine, on est parcouru de frissons et, curieusement, on a l’impression de l’avoir déjà entendue. L’équilibre entre le chaos et les sons planants provoque une bien étrange transe et rappelle Inword, le meilleur 12 pouces du groupe. The Rain est une pièce sentimentale qui rappelle Wire, autre groupe-clé de la scène post-punk. La guitare de Something Rythmic (I Can’t Wait) rappelle un peu Joy Division dans un beat entraînant et presque new wave. Ce disque est une foutue belle découverte et c’est un peu frustrant de penser qu’on ait dû attendre si longtemps pour entendre ces pièces.

Pour un fan de Chrome, la plus grande tragédie est que le groupe n’a jamais fait de tournée. À part un concert à San Francisco et un en Italie, le groupe ne s’est jamais produit live (époque Damon Edge). Après 3rd From the Sun, le groupe avait atteint son apogée et il se sépare l’année suivante, en 1983. Damon Edge et Helios Creed ont ensuite mené des carrières solos. Chrome est un des groupes les plus originaux de l’ère post-punk et il en a influencé une myriade d’autres.

note : les pièces en brun sont dans le mix

[1] Il s’agit ici la version CD. La liste de chansons de la version vinyle est différente.

[2] Parue en 1979 sur Ralph Record, le label des Residents.

© Alain Cliche

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From → Non classé

2 commentaires
  1. CHROME en concert à PARIS le Dimanche 1er Juin!!
    https://www.facebook.com/events/550333441750620/

  2. j’aimerais bien pouvoir y être…

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