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Bowie l’anticonformiste

16 janvier 2016

 

GettyImages-504543312.0Après la mort de David Bowie, les témoignages de sympathie n’ont cessé d’affluer. J’étais pas un grand fan mais je me suis senti happé par ce courant et j’ai même fait un rêve à teneur érotique avec le maître. Force m’est d’admettre que sa mort m’a bouleversé plus que je m’y attendais. Je crois que cette vague de sympathie vient du fait qu’il incarnait la différence. À travers ses nombreux personnages, sa bisexualité et son besoin constant de se réinventer musicalement et esthétiquement, Bowie symbolisait le changement.

Mon premier contact avec son œuvre remonte à 1974. Je devais avoir 10 ou 11 ans et je m’étais aventuré dans la chambre de mon oncle René. J’adorais cet oncle. C’était un boute-en-train qui fumait du pote et qui écoutait du rock. Sur un mur, j’ai remarqué la pochette de Diamond Dogs, celle où l’on voit Bowie avec un corps de chien. J’arrivais pas à détacher mes yeux de cette image. Depuis ce jour, Bowie représente pour moi, la marginalité.

diamond_dogsSept ans plus tard, en 1981, j’ai été happé par sa musique. J’allais souvent au Shoeclack déchaîné, la discothèque new wave de la ville. Dès que le DJ faisait jouer Ashes to Ashes ou Fashion, je sautais sur la piste de danse et je me laissais transir par cette musique sublime. Quand on sortait de la piste, on allait s’assoir sur les banquettes en cuirette. Deux murs étaient couverts de carreaux de miroirs, où l’on avait collé de petits cadres avec les photos des têtes d’affiche de la scène new wave : Nina Hagen, The Clash, Elvis Costello… Au milieu, y en avait un qui se détachait. Il était plus grand et le bois du cadre était biseauté. C’était celui de David Bowie.

Je portais souvent un vieux trench délavé et j’avais les cheveux en brosse. Parfois j’allais jouer au billard au sous-sol de mon ancienne école, où s’entrainaient aussi des culturistes. Un soir, l’un d’eux m’a dit : « Tiens, v’la David Bowie ! » J’avais l’air d’un gringalet à côté de cette montagne de muscles. Mais sa remarque me donnait une sorte de sauf-conduit ; elle légitimait mon droit d’être différent. C’était la première fois que l’on me comparait à Bowie, et pas la dernière.

R-423056-1333708616.jpegLes courants punk et new wave nous ont poussés à rejeter les règles et à expérimenter toutes sortes de trucs. Comme je le raconte dans mon second livre — Normal ! — la pire des choses était d’être normal. Ce fut une période très colorée. On se faisait une ligne au crayon gras dans les yeux, et je me souviens avoir porté des collants de fille et m’être mis du vernis à ongles. Mettons que je passais pas inaperçu à l’école. C’était à qui serait le plus excentrique et on rivalisait pour se démarquer. Du moins, ceux et celles qui étaient dans la mouvance new wave, c’est-à-dire une minorité. Dès qu’on s’affichait comme punk ou new wave, on était ostracisés par la culture dominante de l’époque, je parle des hippies et des granolas. Les rockers étaient un peu plus dangereux car eux voulaient souvent se battre avec nous. Tout ça peut sembler étrange, mais c’était fréquent. Rien que d’avoir les cheveux courts pouvait nous apporter des problèmes. Alors imaginez quand on était complètement flyé et androgyne avec de la couleur là où il faut.

Bowie était un musicien talentueux mais je crois que c’est sa contribution à l’esthétique de la contre-culture, sa quête permanente du changement et son refus d’être étiqueté qui l’auront rendu immortel. Tout artiste sait à quel point il est difficile de faire son chemin et trouver son propre style. On se fait parfois traiter de fou ou d’illuminé, on se fait décourager en permanence, et on subit d’énormes pressions pour rentrer dans le moule et éteindre cette flamme qui brille en soi. En ce sens, l’œuvre de Bowie fut déterminante ; elle a encouragé au moins une génération à ne jamais céder, à célébrer la différence et à explorer les méandres tortueux de notre âme. Parlez-en aux Robert Smith, Peter Murphy et Siouxsie de ce monde… ainsi qu’aux milliers d’autres qui ont fait leur chemin en marge de la culture mainstream.

 

© Alain Cliche, 2016

 

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