Conseils et suggestions pour un séjour à New York…

New York a toujours exercé une profonde fascination sur moi. Si ce n’était le cas, je ne lui aurais pas consacré 40 pages dans mon dernier livre. Comme je le raconte, c’est la musique qui m’y a attiré, mais c’est pour son extraordinaire ouverture que j’ai continué d’y aller année après année. J’ai toujours été surpris de voir à quel point ses habitants s’intéressaient à tout ce qui venait de l’extérieur. Cette étonnante ouverture attire les artistes, musiciens, poètes et créateurs. New York se nourrit de leur talent pour se régénérer et demeurer une des grandes métropoles de la planète. Voici quelques conseils et suggestions pour ceux qui comptent y séjourner.

Manhattan

Le Flat Iron District porte son nom en raison du célèbre Flat Iron Building situé à l’intersection de la 5e Avenue et de la 23e Rue. Difficile à croire mais à l’époque où il fut érigé, cet élégant immeuble fut l’un des plus élevé. De l’autre côté de la rue, on peut relaxer dans le Madison Park où sont exposées de monumentales sculptures qui changent aux saisons. Sur la 23e Rue se trouve Eataly, un complexe dédié à la gastronomie italienne. Attention au portefeuille !

Chaque jour, des milliers de personnes passent par Union Square. Du côté nord, y a un marché un jour sur deux (voir l’horaire sur internet). On peut acheter fruits et légumes (même bio!), pain frais, produits vegans… Plus bas, des artistes vendent tableaux, cartes postales, t-shirts… On y croise souvent des musiciens et certains sont très talentueux. US est trop animé pour pouvoir se reposer mais parfait pour avaler son sandwich. Y a aussi un coin avec des tables où l’on peut manger et discuter tranquillement. Du côté sud, près de la communauté krishna, des joueurs d’échec attendent des clients. Ça vaut la peine d’ouvrir l’œil. On voit parfois des trucs (ou des gens) incroyables à cet endroit. En décembre, cette partie du square est occupée par le marché de Noël.

Non loin de là se trouve la célèbre librairie Strand (Broadway et 12e). Elle occupe plusieurs étages dont un est consacré aux livres d’art. C’est un chouette endroit quand il pleut et qu’on a quelques heures à perdre. Et en fouillant un peu, on peut trouver des livres usagés bon marché.

Le High Line est un parc linéaire aménagé sur une ancienne voie ferrée aérienne. Ça va de la 14e à la 34e Rue. Ce parc est doté d’une végétation luxuriante et donne, par endroit, vue sur l’Hudson. On y voit aussi de superbes immeubles industriels. Depuis son ouverture, plusieurs tours à condos ont poussé en bordure, alors la vue est de plus en plus obstruée. Lorsqu’il fait beau, c’est sympa, à condition de supporter un bain de foule. Y a des bancs pour s’arrêter et s’asseoir et aussi un endroit où l’on peut se tremper les orteils. Pour donner une idée de l’engouement qu’a suscité ce projet, le musée Whitney est allé s’installer où commence le High Line. Un énorme immeuble d’architecture moderne occupe désormais cet ancien terrain vague. Ça jure un peu avec le reste de Hell’s Kitchen, mais bon.

SoHo et Greenwich sont à éviter sauf pour magasiner les baskets et les fringues. Ils ont été gentrifiés au point de perdre le charme qu’ils avaient dans les années 1980. Ça vaut tout de même le coup d’aller faire un tour à Washington Square pour voir la fabuleuse arche à l’entrée. Et aussi pour prendre le temps de souffler un peu près de l’immense fontaine. L’été, elle apporte un peu de fraicheur. Y a souvent des musiciens et des amuseurs publiques… et aussi pas mal de pigeons. NYU[1] est à côté alors c’est toujours rempli d’étudiants. Si vous aimez la pizza napolitaine, je vous conseille Kestlé (271 Bleecker), une des meilleures en ville. Le soir, on est cordé les uns sur les autres, et ça c’est si y a de la place. Comme dans la plupart des bons restos, impossible de réserver ; c’est toujours plein.

East Village et Lower East Side. La 1re Avenue regorge de bars, restos et boutiques de toutes sortes. Partout, des jeunes pleins de fric sont assis sur les terrasses. Un jour que je marchais avec un ami établi à NY depuis 25 ans, il m’a dit, en désignant les gens sur les terrasses : « Aucun d’eux n’aurait pu habiter ici dans les années 1980… dans ce temps-là, ça prenait des couilles pour vivre ici… Maintenant, tout ce que ça prend, cé du pognon! » C’est sympa, mais c’est vrai qu’on est loin de l’époque du CBGB, bar mythique qui a vu naître le punk. Pour rappeler que Joey Ramone vivait dans le Bowery, la ville lui a attribué une rue. L’écriteau Joey Ramone Place est le plus volé de NY et on a dû le mettre haut pour décourager les fans. Pas loin de là, y a aussi une immense murale de Joey.

Dès qu’il fait beau, Central Park est l’endroit tout désigné. C’est immense. Y a même un lac avec des tortues et des canards. On peut s’étendre sur la pelouse, lire et prendre le temps de se ressourcer, un défi dans cette ville démesurée. Le haut de CP est moins touristique que le bas, trop près du centre-ville et des gratte-ciel. De chaque côté du parc se trouvent le West Side et le East Side. Selon une de mes amies qui vit dans le West Side, les musiciens célèbres s’installent du côté ouest (Bono-Sting) et les cinéastes du côté est (Woody Allen).

Harlem débute en haut de CP. Ce quartier a conservé une partie de son cachet. Il n’est plus dangereux comme avant mais en signe de respect, vaut mieux éviter de regarder les gens directement dans les yeux. En longeant le boulevard Malcolm X, on atteint la 125e Rue qu’on peut faire en entier. Vers l’ouest on a le fameux Apollo Theater où se sont produits les noms les plus connus du jazz et de la soul. Non loin de là se trouve une des plus grandes cathédrales du monde : St-John the Divine. L’intérieur est truffé de symboles franc-maçon. La fontaine dans le petit parc mérite d’être vue. Elle est vraiment bizarre.

À Times Square, on est mitraillé de logos, pubs et images de la télé. Méfiez-vous des Mickey Mouse qui déambulent. Ils insistent pour vous faire un hug avant de vous quêter du fric. Charles Bukowski — qui détestait Mickey Mouse — serait sans doute d’accord pour dire que TS est ce que la civilisation a de pire à offrir. Cette Disneyification défie l’entendement, surtout quand on sait que c’est là où les mafieux se réunissaient dans les années 1960, comme le raconte Kerouac dans Le vagabond solitaire. Ça vaut tout de même la peine de s’y arrêter, ne serait-ce que pour savoir à quoi ressemble l’enfer.

Plantée dans le Lower Manhattan — tout au bas de l’ile — la nouvelle tour du World Trade Center domine toutes les autres. Sans surprise, l’artiste Banksy a déclaré, en 2014, qu’elle n’avait aucune personnalité. À l’emplacement des anciennes tours se trouve un memorial. Les vibrations sont mauvaises et ça pue l’hypocrisie historique. Par contre, l’architecture de la nouvelle station de métro est à couper le souffle. De Battery Park, on peut prendre le traversier pour Staten Island. L’idée c’est que du traversier, on a une extraordinaire vue sur le bas de l’ile et on passe pas loin de la statue de la liberté. Et puis, ça coûte l’équivalent d’un billet de métro.

Brooklyn

541132_10151297561821474_1727160561_nDe Manhattan, on y accède aisément par le train L[2], mais j’aime bien y aller à pied par le pont Williamsburg. On a une sacrée vue de la ville et on croise la faune typique de Williamsburg ; des juifs hassidiques et de jeunes branchés. En s’y rendant de cette façon, on sent la différence entre les deux boroughs. Beaucoup de graffitis ornent le pont et plus on approche de Brooklyn, plus y en a. C’est cette atmosphère de créativité que j’aimais tant de NY dans les année 1980, et que je recherche désespérément aujourd’hui. Bien que très peuplée (2,6 millions), Brooklyn est à l’échelle humaine. La majorité des immeubles ont moins de 5 étages alors on ne se sent pas écrasé comme à Manhattan.

576324_10151297550066474_765136633_nWilliamsburg est le quartier le plus hip de Brooklyn. Y a beaucoup de jeunes, surtout rue Bedford où pullulent cafés, restos, boutiques vintage, magasins bio… C’est aussi le cœur de la musique indie ; devant certains bars, on entend parfois des groupes répéter en plein jour. Y a des murales un peu partout. J’en ai vu une de Bradley Manning avec l’inscription : Hero. Y a peu d’endroits aux É-U où l’on verrait ça. Des affiches dénoncent la violence policière, l’asservissement par les médias, le sexisme, le racisme, l’homophobie… Bref, on est immergé dans la contre-culture et ça fait du bien. En longeant Bedford vers le nord, on arrive dans le parc McCarren dont l’atmosphère rappelle celle du parc Kreuzberg à Berlin. Quand je suis passé, un type jouait de la guitare électrique avec un énorme cigare planté entre les dents et, juste à côté, des jeunes avec des dreads faisaient un pique-nique.

10256260_10152477229656474_1020441931900635469_n(1)Aménagé dans un ancien entrepôt de la 9e Rue, Rough Trade est le plus gros magasin de disques de la ville. La qualité de l’inventaire est impressionnante ; jazz, soul, post-punk ou reggae… c’est presque juste du bon stock, signe que ceux qui tiennent la place sont de vrais mélomanes. La section des revues et livres mérite d’être vue. Y a aussi une salle de concerts. En sortant de là, on peut aller faire un tour au East River State Park aménagé sur la berge et d’où on a une vue sur mid Manhattan.

En marchant vers le nord, on arrive dans Greenpoint, un quartier polonais. On sent une nette différence. C’est plus modeste et moins peuplé. Si le littoral de Williamsburg est défiguré par les tours à condo, celui de Greenpoint est plutôt industriel et plus intéressant pour cette raison. Ça rappelle un peu St-Henri à Montréal. Sur la photo, l’église St Anthony of Padua sur l’avenue Manhattan.

1393362_10152018666241474_529901633_nBushwick est au sud-est de Williamsburg. Autour des stations de métro, on peut admirer des dizaines de murales faites par le Bushwick Collective, un regroupement d’artistes. Y a aussi beaucoup de thrift stores, parfois nichés dans des usines reconverties. Déjà en 2013, des commerces s’adressant aux gens mieux nantis ouvraient ici et là, signe que le quartier était en train de changer.

374839_10151303674186474_637551677_nDumbo est situé sous les ponts de Brooklyn et de Manhattan. Quand j’y étais en 1997, c’était un dangereux coupe-gorge où les taxis refusaient de se rendre. Aujourd’hui, c’est plein de galeries d’art, cafés, boutiques… Des tours à condos ont aussi poussé. Kesse qui attire tout ce beau monde? L’extraordinaire vue sur le Lower Manhattan. Une promenade longe le littoral et nous mène à Brooklyn Heights. L’endroit le plus intéressant est le Brooklyn Bridge Park d’où l’on peut admirer Manhattan. Le centre-ville de Brooklyn est à côté, mais après avoir vu Manhattan, ça présente peu d’intérêt à part pour les outlets de Fulton street où l’on peut trouver du linge à rabais. À noter que le pont de Brooklyn est aménagé pour être traversé à pied ; piétons et cyclistes sont à l’étage supérieur alors rien ne bloque la vue.

150594_10151305216141474_1449175240_nPlus au sud se trouve Red Hook, un de mes coins favoris. Ce quartier est mal desservi par le métro alors faut marcher un peu. C’est là où la  densité de population est la plus faible. Les bâtiments ont rarement plus de 2 étages. Comme c’est au bord de l’eau, on a une vue sur la baie. Plusieurs vieux entrepôts de briques bordent le littoral, ce qui crée une atmosphère industrielle d’un autre siècle.

10417653_10152786596051474_7194527199175189621_nBrighton Beach est à 40 minutes de métro d’Union Square. Dès qu’on sort du centre-ville de Brooklyn, le train (Q) devient aérien et on peut observer le paysage. En descendant de la plate-forme de train, on arrive sur une artère commerciale remplie de magasins bon marché. On est dans Little Odessa, un quartier russe à l’origine. La bouffe est moins chère qu’à Manhattan alors j’en profite toujours pour acheter quelques trucs. La plage n’est pas très propre mais l’eau est bonne et, dès juin, assez chaude pour s’y baigner. De Brighton Beach, on aperçoit les manèges de Coney Island. C’est la même plage mais je préfère Brighton Beach, moins tape à l’œil et plus tranquille.

Le Bronx

Ça faisait des années que je rêvais de voir le South Bronx — là où est né le hip hop — mais sa réputation m’en a toujours dissuadé. L’an dernier, j’ai décidé de m’y aventurer en restant sur mes gardes. Seul Blanc dans les environs, je faisais partie de la minorité visible. J’ai fait attention à ne pas attirer l’attention et j’ai pu circuler sans problème. Je ne l’ai pas regretté : c’est là où j’ai le plus ressenti l’effervescence multi-ethnique qui animait NY dans les années 1980. Dans le métro, une pub rappelait de faire gaffe en utilisant son téléphone pour éviter d’être attaqué… Autrement dit, faut visiter en restant sur ses gardes et éviter de montrer sa caméra et autres objets de valeur, exactement comme c’était dans les années 1980 dans le reste de la ville. Sur la photo : murale Grand Concourse honorant le DJ Kool Herc.

Vous l’aurez compris, il est impossible de tout voir en un seul séjour. Si vous y allez pour 2-3 jours, concentrez-vous sur Manhattan mais allez au moins une fois à Brooklyn. Pour se loger, un bon plan consiste à louer un airbnb à Brooklyn dans un des quartiers desservis par le train L (qui va à Manhattan). Alors voilà… bon séjour à New York !

Note : j’ai publié deux chroniques sur NY. La première évoque le NY des années 1980 et la seconde porte sur ma rencontre avec des gens qui se tenaient au CBGB. Si vous voulez avoir un aperçu de ce qu’était la ville dans les années 1980, je lui ai consacré 40 pages dans mon dernier livre.

© Alain Cliche, 2018

[1] New York University

[2] Cette ligne sera fermée en 2019 pendant 18 mois afin d‘être rénovée.

 

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A propos alaincliche

Ancien dj spécialisé en musique alternative, Alain Cliche a d'abord tâté de la pub avant de se consacrer à l'écriture. Il a co-réalisé «MTL punk», un docu portant sur l’émergence de la scène punk montréalaise. Il a aussi publié un roman où il exprime sa passion pour la musique (Accro vinyle) et deux autres où il raconte son passage sur la scène underground des années 1980.
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2 commentaires pour Conseils et suggestions pour un séjour à New York…

  1. Sabrine Grandliénard dit :

    Aaaah Alain c’est vraiment bien écrit et tu me fais rire aussi! Un survol très explicite, concis de NY et ses secrets! J’adore! Ça donne le goût d’y retourner une 3e fois! On n’aurait jamais assez d’une vie pour tout connaître de cette ville si étourdissante! Merci!

    • alaincliche dit :

      content que tu aies apprécié… j’ai fait «court» dans le sens qu’il y aurait tellement à dire sur cette incroyable ville… ça fait 35 ans que j’y vais et je découvre de nouvelles choses chaque fois… au plaisir de s’y recroiser un de ces 4…

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