Ze Velvet Underground Expérience…

J’avais parlé à Lucie de cette expo sur le Velvet Underground et ça l’avait allumée. Lucie est une curatrice dans le domaine des arts. Dès qu’on prononce le mot expo, elle se met à saliver, comme d’autres lorsqu’on prononce le mot sex. Bref, ça faisait deux jours qu’il pleuvait, autrement dit, une température idéale pour être à l’intérieur. J’attendais devant l’immeuble où ça avait lieu, sur Broadway, dans NoHo. Le temps de faire une photo de la façade, Lucie est sortie. Bien sûr, elle était DÉJÀ arrivée!

On a pénétré dans cet antre consacré à une importante page de la contre-culture. Le début portait sur le contexte culturel des années 1960. Ça partait même un peu avant avec des planches sur Allen Ginsberg et Jack Kerouac. Une longue série de photos tentait d’évoquer le contexte ; le NY branché des années 1960, sous la supervision d’Andy Warhol qui agira comme imprésario avec le groupe et lui donnera la stature qu’on lui connaît. On a ensuite regardé un film, mais le son d’une autre projection entrait en conflit et rendait la compréhension pénible par moment.

Au sous-sol se trouvait une autre salle. Le 1er mur était couvert d’affiches de groupes supposément influencés par le Velvet. Ça allait de Black Flag à Nirvana en passant par Alan Vega et de très nombreux autres groupes post-punk et new wave. Un pan de mur était consacré au livre Please Kill Me co-écrit par Gillian McCain que j’ai rencontrée dans un souper chez Renalda y a deux ans. Kesse que ça foutait là? Mmm… Y avait aussi un mur avec des images du fameux CBGB. Est-ce que le Velvet y a joué? Bien sûr que non! C’était une façon de revendiquer une influence sur toute la scène punk…  J’ai fait le tour et suis remonté au rez-de-chaussée.

Y avait plusieurs photos de leur 1er concert et d’autres installations sur Andy Warhol et le Velvet, dont tous les disques du groupe. Ceci formait le noyau de l’expo et c’était bien documenté. Au milieu de l’espace, un genre de cabane avait été aménagée avec des couchettes pour pouvoir visionner des courts-métrages. Je me suis allongé et j’ai pris soin d’enlever mes chaussures. Mes bas étaient trempés et je voulais leur donner l’occasion de sécher. C’était pas très confo mais c’était un des trucs les plus intéressants de l’expo.

Jack Kerouac à l’Artist Studio, Lower East Side, 1959

Ça faisait quelques minutes que j’écoutais un film lorsque Lucie est arrivée avec une jeune femme qui tenait un micro. Elle était de la BBC et faisait un reportage sur la contre-culture. On pouvait pas parler en raison du bruit alors on s’est éloignés. Le NY de l’époque était-il bien représenté dans l’expo? J’ai répondu que NY était une ville très différente, mentionnant la planche consacrée à Times Square — alors point de rencontre de la mafia, des dealers et des maquereaux — pour illustrer à quel point ce coin de la ville avait changé. J’ai enchainé sur les quartiers que fréquentaient les artistes abordés dans l’expo, soit le Lower East Side, East Village et SoHo, tous dangereux dans les années 1960… Quant à la contre-culture proprement dite, j’ai expliqué qu’on donne beaucoup de crédit au Velvet mais que si on veut dire les choses comme elles se sont passées, faut remonter aux beatnicks qui furent LE véritable point de départ… Bien sûr, les dadaïstes avaient eu une influence avant ça mais surtout sur les étudiants en art alors que les beats avaient influencé des millions de personnes. J’ai ajouté que Ginsberg était très lié aux hippies et que Kerouac les avait toujours rejetés. Comme il s’était détruit dans l’alcool, c’était davantage lui l’âme de la contre-culture décadente, avec William Burroughs, junkie notoire. Celui-ci était peu présent dans l’expo et c’en était une des lacunes.

« Ai-je bien répondu? » j’ai demandé quand ça été terminé.
« J’aurais préféré quelqu’un qui s’y connaît un peu moins. »

IMG_3742Sur ces entrefaites, une élégante brune s’est joint à nous. C’était celle en charge de l’expo. On s’est présentés. J’ai détecté un accent français et, plus loin dans la conversation, j’ai mentionné que j’étais québécois. Nos échanges ont bifurqué sur mes livres. De quoi parlaient-ils? De musique bien sûr! J’ai mentionné que j’avais fait un docu sur l’émergence de la scène punk à Montréal. Avais-je une carte d’affaire? Eh non! Le curateur de l’expo est alors arrivé et la femme nous a présentés. C’était un petit mince à l’air courtois, un ancien des Inrockuptibles[1]. Quand il a su que j’étais canadien, il a dit qu’il pensait amener l’expo au Canada et se demandait quelle ville était le mieux : Toronto ou Montréal? J’ai répondu que Toronto comptait 2 millions d’habitants de plus mais que Montréal était le cœur de la scène musicale indépendante. Ça dépendait donc de sa clientèle-cible. La femme a fait remarquer qu’il y avait eu une grosse expo sur Léonard Cohen à Montréal et que ça avait été un franc succès.

« C’est vrai », ai-je admis… « mais Cohen était Montréalais. »

Le curateur se souvenait être allé dans un bar underground de Montréal, un endroit qui avait un drôle de nom.

« Les Foufounes électriques? » ai-je demandé.
« Oui, c’est ça! »
« J’y ai travaillé comme DJ dans les années 1980. »

Mon statut venait de monter d’un cran. J’ai expliqué qu’à l’époque, les Foufs étaient un peu comme le CBGB et, pour appuyer mon propos, j’ai raconté que William Burroughs était venu faire une lecture. J’ai ensuite répété que j’avais fait un docu sur l’émergence de la scène punk et que j’avais écrit quelques livres consacrés à la contre-culture punk et post-punk au Québec. Où pouvait-on se les procurer?

« J’ai déjà envoyé un exemplaire aux Inrockuptibles et on m’a jamais répondu. »
« J’y travaille plus depuis huit ans. »

J’ai pas insisté mais j’avais fait parvenir mon livre y a plus de 10 ans. Lui et la femme ont fini par s’en aller. Je me suis approché de Lucie qui discutait avec l’architecte de la place; un type un peu effacé toujours après jouer avec son nez, un symptôme classique de ceux qui sniffent de la coke. Avec le portable de Lucie, j’ai appelé Steph pour savoir s’il voulait assister à la conférence avec le biographe de Lou Reed et, comme je m’y attendais, il a décliné. J’ai redonné à Lucie son portable et me suis éclipsé. Dehors c’était la nuit mais il ne pleuvait plus. Les lueurs de la ville se reflétaient sur le sol mouillé. En traversant Union Square, j’ai jeté un coup d’œil à l’immeuble qui avait abrité la Factory d’Andy Warhol. Toutes les lumières étaient éteintes.

[1] revue française consacrée au rock.

© Alain Cliche, 2019

A propos alaincliche

Ancien dj spécialisé en musique alternative, Alain Cliche a d'abord tâté de la pub avant de se consacrer à l'écriture. Il a co-réalisé «MTL punk», un docu portant sur l’émergence de la scène punk montréalaise. Il a aussi publié un roman où il exprime sa passion pour la musique (Accro vinyle) et deux autres où il raconte son passage sur la scène underground des années 1980.
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