Quelques perles jazz

imageSans être un grand connaisseur de jazz, j’ai eu la chance au fil des ans de tomber sur certains disques qui ont su conquérir mon cœur. Cet article ne prétend pas faire la nomenclature des meilleurs disques de l’histoire du jazz. Il ne s’agit que d’une sélection personnelle. (Une liste de lecture est disponible à la fin de l’article).

Cannonball Adderley – Something’ else [1958]

Mes parents avaient ce disque dans leur collection et c’est d’ailleurs leur copie que j’écoute présentement en écrivant cet article. Pour cette raison, ce disque fait partie de ceux que j’ai le plus entendus. Fait surprenant, sur ce disque, Miles Davis est un side-man! Sa trompette envoûtante hante les morceaux et leur ajoute cette touche unique qu’il avait le don de saupoudrer avec tant de brio. Je ne saurais trop vous dire s’il s’agit de hard-bop ou de cool ; tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’un standard du jazz, un disque bon du début à la fin et qu’on se fatigue pas d’écouter. Tout est disposé avec soin et il n’y a pas une seule note de trop. 

Miles Davis – Kind of Blue [1959]

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Plusieurs disques de Miles Davis auraient pu figurer dans cet article mais j’ai choisi celui-ci car il a changé l’histoire de la musique. L’histoire raconte que les musiciens n’avaient pas vu la partition avant d’entrer en studio. Comment cela a-t-il pu donner un résultat aussi remarquable? La réponse : l’extraordinaire line-up de musiciens qui inclut Cannonball Adderley, John Coltrane et Bill Evans. Les musiciens sont si chevronnés qu’ils ont su donner à cette musique une incroyable fraicheur. C’est si vivant qu’on s’étonne presque de ne pas entendre les gens applaudir à la fin des pièces. Et chacune possède un petit quelque chose qui la rend vivante et intéressante. Mettez-en cinq en ligne et vous avez un des chefs d’œuvres ultimes de la musique.

John Coltrane Quartet – Coltrane [1962]

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Je ne savais pas grand-chose de Coltrane à part qu’il était mort jeune et qu’il avait été parmi les premiers à aller vers le free jazz, un sous-genre dont je ne suis pas très fervent. Alors c’est toujours un peu à reculons que j’ai exploré son œuvre. Même s’il est à l’occasion traversé de sax qui s’en va un peu partout, ce disque conserve une certaine structure. On n’est jamais perdu comme c’est souvent le cas dans ses œuvres ultérieures. J’ai RIEN contre le free jazz… c’est juste pas ma tasse de thé. Je trouve ça hermétique et ça ne correspond pas à mon approche émotive de la musique. Quoi qu’il en soit, le sax de Coltrane plane tout au long et c’est assez réussi pour un faire un disque intéressant du début à la fin.

Herbie Hancock – Takin’ Off [1962]

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Herbie Hancock est difficile à catégoriser vu qu’il a évolué dans différents genres allant du jazz au funk en passant par la fusion et l’électro. Ce qui m’a fait pencher pour ce disque, c’est le classique Watermelon man, une pièce structurellement influencée par le R&B et dont l’inspiration lui est venue du vendeur de melon d’eau qui circulait sur un chariot tiré par un cheval dans les ruelles du South Side, le quartier de Chicago où il a grandi. Cette pièce est révélatrice de son talent pour écrire des chansons accrocheuses et elle sera d’ailleurs reprise d’innombrables fois. Parmi ses autres disques jazz qui en valent la peine, mentionnons My point of view (1963) et Maiden voyage (1965) qui auraient tous les deux pu figurer dans cet article.

Wayne’s Shorter – Adam’s apple [1966]

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Après l’extraordinaire travail de recherche de John Coltrane, peu de saxophonistes ont réussi à se démarquer, à part peut-être Wayne Shorter. J’ai découvert ce musicien lorsqu’il était au sein de la formation Weather Report que j’ai énormément écoutée dans les années 1970 et dont je parle dans cet article. Mais avant de se lancer dans la fusion, Shorter a produit du foutu bon jazz. Et sur ce disque, il est accompagné entre autre d’Herbie Hancock avec qui il avait également joué dans le Miles Davis quartet et pour lequel il fut le principal compositeur. Adam’s Apple est composé pendant cette période ; c’est un album feutré et envoutant à écouter la nuit.

Archie Shepp – Attica Blues [1972]

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Un jour, mon oncle Paul m’a donné sa  collection de disques que j’ai pris des années pour digérer. J’ai découvert plusieurs trucs intéressants, mais aucun ne m’a jeté à terre comme Attica Blues d’Archie Shepp. C’est un disque tellement différent de ce à quoi on s’attend quand on écoute du jazz. Imaginez… dès les premières notes, on est plongé dans un univers gospel! Enregistré quelques mois après l’émeute de la prison Attica où furent massacrées 43 personnes, tout le disque oscille entre spoken word, blues langoureux et funk sombre avec quelques intermissions sonores entre les chansons, comme pour évoquer les souvenirs qui remontent. Et que dire de la pièce Good Bye Sweet Pops qui aurait très bien pu être le thème d’un film de blaxpoitation. Bref, ce disque est un extraordinaire mélange de soul et de jazz qui possède une étonnante vibration spirituelle.

Joe Henderson – The Elements [1974]

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Même s’il s’agit de fusion, j’ai choisi d’inclure ce disque dans ma sélection. En fait, il ne s’agit pas de jazz-rock comme la plupart des disques de fusion de cette époque mais d’une combinaison de jazz d’avant-garde et musique du monde, ce qui était pour le moins inusité lorsque ce disque est sorti. Comme le titre l’indique, il est consacré aux différents éléments : feu, air, eau et terre. Ma favorite est Fire, une pièce qui part en lion agrémentée par la harpe d’Alice Coltrane. Sa présence ajoute beaucoup de couleurs et de textures. Combinée aux percussions  africaines, il se dégage quelque chose de vraiment hors de l’ordinaire, surtout quand le sax embarque et réconcilie le tout. L’autre pièce maitresse du disque est Earth qui débute avec des congas et nous amène ainsi à l’autre bout du monde. Ce long long groove quasi hypnotique cède la place à un passage de spoken word (!) où il est difficile de savoir de quoi il est question. Ensuite le groove reprend de plus belle mais, cette fois-ci, il est traversé de violon et d’une panoplie d’autres instruments difficiles à identifier (sauf pour le sax). Beaucoup de bonnes idées sur ce disque dur à classer.

Jackie McLean – Jacknife [1975]

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Parfois un disque ramassé pour un dollar peut réserver des surprises. C’est le cas de ce disque double, enregistré en 1965-66, mais qui n’est paru qu’en 1975.  Originaire d’Harlem, Jackie McLean s’intéresse d’abord au sax ténor, jusqu’à ce qu’il entende Charlie Parker. Il fut side-man pour un grand nombre de musiciens incluant Donald Byrd, Dizzy Gillespie, Mingus, Jimmy Smith et Miles Davis. Au sujet des pièces modales de ce dernier, il dira qu’elles étaient Un tremplin vers la liberté.[1] La principale qualité de McLean est son équilibre. Bien qu’on sente les influences de plusieurs courants et écoles de jazz, on n’a jamais l’impression de subir la musique. Mon morceau favori est la pièce d’ouverture, On the Nile, une majestueuse composition qui évoque le Moyen-Orient à l’époque de Cléopâtre. Mais plusieurs autres sont valables.

Bill Evans – You must believe in spring [1981]

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J’ai ramassé celui-ci dans un lot appartenant à un type qui avait fait de la radio. J’ai pris le temps de l’apprivoiser — comme pour tous les disques que j’acquière. Avec les écoutes, j’ai été conquis par le climat mélodieux qui s’en dégage. C’est un disque qui s’écoute bien l’hiver quand on est bloqué à l’intérieur ou le dimanche matin quand on veut simplement reprendre contact avec le monde sans se faire trop brasser. Ce disque fait la belle place au piano et à la basse acoustique. Encore une fois, il m’est difficile de dire pourquoi j’ai accroché sur celui-ci plutôt qu’un autre. Les connaisseurs vous diront qu’il s’agit de Bill Evans, le pianiste principal sur Kind of Blue de Miles Davis. Pour ma part, ça me semble tout simplement un bon disque un peu dans la même veine que Keith Jarreth.

Alors voilà. Beaucoup d’autres disques auraient pu figurer dans cette sélection mais je me suis limité à ceux qui font partie de ma section jazz. À partir de 1970, le jazz s’oriente vers la fusion. Si ça vous dit, j’ai aussi publié un article sur ce genre musical.

[1] A stepping stone to freedom.

© Alain Cliche, 2020.

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