Documentaires sur la musique

J’aime bien lire des biographies sur les musiciens, mais le documentaire est sans doute la meilleure façon de les découvrir car il nous permet à la fois d’écouter la musique en question et d’apprendre des choses. Au fil des ans, j’en ai vu un sacré paquet portant sur plusieurs genres musicaux différents. En voici quelques uns qui m’ont semblé valables tant sur le fond que sur la forme :

Standing in the shadows of Motown [2002]

Les Funk Brothers furent l’épine dorsale du label Motown de 1959 à 1972. Ces illustres inconnus ont eu plus de succès numéro 1 au palmarès que les Rolling Stones, les Beatles, les Beach Boys et Elvis Presley réunis. C’est qu’ils étaient les musiciens derrière les voix des Supremes, Temptations, Martha Reeves & The Vandellas, Marvin Gaye, Smokie Robinson, Stevie Wonder, … Comment se fait-il que personne les connaisse ? C’est ce que tente d’expliquer ce documentaire. L’histoire débute en 1959, lorsque Berry Gordy Jr. réunit les meilleurs musiciens de la scène jazz et blues de Détroit afin d’enregistrer des chansons au sous-sol de sa maison — le studio Hitsville, USA. Sur une période de quatorze ans, les Funk Brothers ont été le battement de cœur derrière chaque succès de l’époque de Détroit de Motown. Un documentaire particulièrement touchant.

Shut up and sing [2006]

« J’ai honte que le président des États-Unis soit originaire du Texas. » C’est ce qu’a déclaré Natalie Maines à un public londonien le 10 mars 2003, lors des premiers jours de l’invasion américaine de l’Irak. Cette déclaration a déchainé les passions contre son groupe. Les Dixie Chicks avait été le groupe féminin le plus populaire de l’histoire, mais il disparut soudain des palmarès des radios country du pays. Les ventes de leur succès Travelling Soldier chutèrent de 47% en une semaine et beaucoup de leurs fans leur dirent qu’elles ne devraient pas avoir d’opinion ! Ce documentaire raconte comment les Dixie Chicks et leur manager ont géré cette crise. Alors que le taux d’approbation de Bush a chuté, les Dixie Chicks ont lentement regagné leur chemin vers l’acceptation, et ce documentaire est un fascinant récit de ce périple.

It might get loud [2008]

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Ce docu porte sur la guitare électrique à partir du point de vue de trois guitaristes : The Edge, Jimmy Page et Jack White. Une des scènes les plus mémorables est lorsqu’on voit Page dans son salon rempli de vinyles mur à mur. Il sort un 45 tours, le met sur la table tournante et Rumble débute, une pièce instrumentale de Link Wray. On peut percevoir la joie qu’il a ressenti en l’entendant la 1re fois. Ça contraste avec Jack White qui nous fait jouer une pièce obscure d’un bluesman inconnu mais, encore une fois, on sent bien l’impact que ça a eu sur lui. Quant à The Edge, on le voit expérimenter avec une panoplie de pédales pour transformer le son de sa guitare. À la fin, ils improvisent tous les trois sur un plateau et cette scène est particulièrement bien filmée et intéressante. Même s’ils appartiennent à différentes époques de l’histoire du rock, ils partagent leur amour pour la musique et leur désir de changer le monde à travers elle.

Beware of Mr. Baker [2012]

Ginger Baker est né en Angleterre au début de la 2e guerre mondiale pendant laquelle meurt son père. Toute sa vie Baker se souviendra de ses sons d’explosions qui se répercuteront sur sa musique et sa façon de jouer de la batterie. Le début de sa carrière est fulgurant. Il a joué entre autre avec Cream, une formations qui a influencé une multitude de musiciens. Selon Neil Peart (de Rush), sa plus grande réussite serait d’avoir été le premier à faire des solos de batterie. Mais son égo et les drogues auront raison de sa réputation et Baker finit par s’expatrier au Nigeria où il découvre l’afrobeat de Fela Kuti. Il devient son batteur, ce qui n’est pas peu dire. Dans un des moments les plus intenses du film, Baker nous confie s’être lié d’amitié avec ses quatre héros de la batterie : Phil Seamon, Max Roach, Art Blakey et Elvin Jones. Les larmes aux yeux, il enlève ses lunettes et on a l’impression qu’à travers ces amitiés, c’est son père qu’il retrouve. « Jesus! Ginger plays like a nigger », aurait dit Max Roach, ce qui, pour Baker, est LE compliment ultime. À la fin de sa vie, il est atteint d’une maladie dégénérative qui affecte sa coordonnation. Le réalisateur coupe à un plan avec la batterie inutilisée. Tout est dit.

Searching for Sugar Man [2012]

Ce docu porte sur un auteur-compositeur de Détroit qui était une énigme, Sixto Rodriguez. Sans célébrité ni fanclub, il a signé un contrat de deux albums avec Sussex et A&R Records. Son 1er album, Cold Fact, a obtenu quatre étoiles du Billboard, mais ni lui ni le second ne se sont bien vendus et le contrat fut résilié. L’histoire semblait s’arrêter là mais, plusieurs années plus tard, ses albums ont traversé l’Atlantique jusqu’à Cape Town, en Afrique du Sud. Comme ils étaient rares, on s’échangeait des copies de contrebande. Pourquoi cet engouement ? Parce que ses chansons étaient devenues des hymnes du mouvement anti-apartheid. Le propriétaire d’un magasin de disques indépendant a ressorti ces disques et les ventes ont décollé, le 1er se vendant à 500 000 copies, ce qui, dans ce pays serait comparable aux Beatles ou à Elvis Presley. Mais qu’en était-il du chanteur ? Des rumeurs voulaient qu’il soit mort. En fait, il était bel et bien vivant ; ce film raconte comment le réalisateur l’a retrouvé et ce qu’il était devenu. Un film profondément bouleversant.

Restrung [2014]

En 2007, Randall Wyn Fullmer décide de transformer son passe-temps de toute une vie en une occupation à part entière. Il quitte son emploi bien rémunéré chez Disney et se met à fabriquer des basses. Avec une précision digne d’un ingénieur atomique, il fait ses guitares à la main, sélectionne minutieusement les différentes essences de bois et chacun des éléments qui entre dans leur fabrication. Contrairement à son ancien boulot chez Disney, ça ne nécessite aucun comité, aucune réunion ni aucune explication. Cette humble philosophie est au cœur de son travail : « Répétez ce qui fonctionne. Évitez ce qui ne fonctionne pas ». Il commence par en faire 22 puis décide de jouer le tout pour le tout : il les apporte dans une convention de marchands en musique en se disant ça passe ou ça casse. Heureusement, ses guitares attirent l’attention de grosses pointures. James LoMenzo (Megadeath), Jimmy Haslip (Yellowjackets) et Abraham Laboriel (bassiste de session de renommée mondiale) sont quelques-uns des poids lourds de l’industrie musicale qui mettent à l’épreuve ses guitares. Du succès électrisant d’un débutant à la quasi faillite, Restrung dresse un portrait honnête et inspirant d’un artisan passionné qui a foncé tête baissée vers son rêve.

Rumbles [2017]

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Rumble jette un regard nécessaire sur l’influence amérindienne dans la musique populaire américaine. « Link Wray a marqué de manière indélébile toute l’évolution du rock’n’roll », déclare Robbie Robertson qui fait allusion à la pièce Rumble de Wray, bannie dans plusieurs villes de crainte que ça n’incite à la violence, même si elle était instrumentale. Charley Patton, qui a profondément façonné le blues, est présenté plus loin avant de passer à Mildred Bailey, Jesse Ed Davis, les membres du groupe Redbone et d’autres, qui avaient tous un héritage indien. On apprend aussi que la grand-mère de Jimi Hendrix était Cherokee, ce qui s’est manifesté dans sa légendaire flamboyance. On entend parler d’enfances passées à écouter des grands-parents qui ont transmis des traditions, et de la discrimination rencontrée dans le monde en général. « Soyez fier d’être un Indien, mais faites attention à qui vous le dites », dit Robertson, qui est en partie Mohawk. Leurs histoires sont racontées par certains des plus grands noms du rock américains : George Clinton, Taj Mahal, Slash, Buddy Guy, Quincy Jones, Iggy Pop, … Un film essentiel.

© Alain Cliche, 2020.

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