Survivre à la pandémie

Harlem, NY, 2012. Photo : Ilki Skygrass.

Comme la plupart des gens, je souffre de la pandémie, même si je suis relativement en bonne santé et que j’ai pas trop à m’en faire de ce côté-là. J’ai eu — semble-t-il — la covid, mais ce fut à peine pire qu’une grippe normale.

Dans mon cas, c’est plutôt l’impossibilité de voyager qui m’affecte. Dans quelle mesure ? Eh bien disons que lorsque je me suis résolu à revenir habiter à Québec, en 2000, j’ai bien pensé à mon affaire et j’en ai conclu que pour y arriver, j’allais devoir en sortir régulièrement. Au cours des 18 années suivantes, j’ai voyagé plus souvent qu’à mon tour, quittant le pays à 23 reprises, souvent pour plus d’un mois. Angleterre, Écosse, Floride, San Francisco, New York, France, Allemagne, Turquie, Italie, Espagne. Ça été ma façon de survivre à cette ville un peu trop beige à mon goût.

Mais avec la pandémie, on ne peu plus sortir du pays comme on veut. Alors kesse qu’on fait pour pas déprimer et pour oublier ce foutu merdier ? Bien sûr, la musique… j’en écoute au moins 6 heures par jour… et la lecture ? Pourquoi pas… mais j’ai du mal à trouver quelque chose de valable… Tous ces livres de Bukowski, John Fante, Harry Crews et autres auteurs adorés, je les ai lus et relus alors si vous en avez du même calibre à me suggérer, faites-moi signe… j’aime pas grand chose mais sait-on jamais.

Autoportrait, La Plaine-sur-Mer, France, 2017.

Une autre chose qui me manque, ce sont les visages, surtout ceux des femmes. J’ai rien contre le port du masque mais je m’ennuie de voir des sourires et autres expressions faciales, d’autant plus que j’aime bien faire rire les gens. C’est toujours gratifiant de voir les réactions en temps réel, et puis ça aide drôlement quand on flirte… mais avec le masque, tout est réduit à l’essentiel… et plus moyen de flirter sauf, peut-être, avec la mort.

L’an passé, quelques mois après le début de la pandémie, j’ai senti que je commençais à perdre la carte — ou le nord si vous préférez. Je me sentais lentement sombrer dans les méandres nauséabonds de la dépression. Ça m’a surpris, et pas rien qu’un peu. J’en ai fait une rubrique sur FB qui m’a valu l’attention d’amis qui s’inquiétaient… j’ai voulu faire peur à personne, je voulais juste exprimer que j’en arrachais un peu… Parfois faut juste évacuer. Mon état s’est nettement amélioré quand je suis allé m’occuper des chats d’un pote dans le bois… dès que je suis là-bas, l’équilibre revient… Dans la nature, on ne se sent pas en cage comme en ville.

Pinotte et Chicou, un sacré duo de ronronneuses.

Après ça, le plan de match a été simple : sortir le plus souvent de la ville et passer le plus de temps possible au chalet. Kesse qu’on était bien là-bas ! Plus de paranoïa, nouvelles alarmistes ou gel qui décape les mains. On y est allés jusqu’à ce que ça gèle, en octobre. Ensuite je me suis enfermé chez moi avec les deux chattes que je garde pour un pote — Chicou et Pinotte. Mine de rien, ces petites créatures poilues font une sacrée différence en ce moment… J’irais pas jusqu’à dire que j’aime vider leur litière, mais elles me donnent une bonne raison de garder la tête sur les épaules. L’autre jour, je suis tombé sur un article du Guardian établissant un lien entre la dépression et le manque de contact physique. Avec toute l’attention qu’elles me donnent, j’ai pas à me plaindre… Chicou me lèche le front, me croque affectueusement le menton, m’arrache gentiment des cheveux, met sa patte sur ma joue et ronronne dans mon oreille… quant à Pinotte, elle passe deux à trois heures par jour sur moi. J’imagine que ça veut dire qu’elles m’ont adopté.

Ah non ! Pas encore un autre livre !

Même si tout fonctionne au ralenti en ce moment, c’est important de rester actif. Depuis le début de la pandémie, je révise un manuscrit terminé l’an passé. Ça fait des mois que je le paufine et que j’en réécris certains passages… le temps est indispensable en écriture ; seul le recul permet de prendre une distance et comme c’est la merde dans le domaine de l’édition, autant en profiter pour améliorer ce texte portant sur les années 1970. J’ai aussi bossé sur un projet dexpo qui aurait dû être présentée l’an passé mais qui a été reportée d’un an en raison de la pandémie. Et puis j’ai publié 6 nouveaux articles sur ce blogue que j’ai entièrement remodelé. Ah oui, j’oubliais… j’ai fait un mix anti-raciste, si jamais ça vous dit de l’écouter. C’est rare je me donne cette peine, mais j’en pouvais plus de voir tous ces Noirs assassinés aux États-Unis et fallait que je l’exprime.

Récemment, j’ai eu des envies très étranges, des envies de GROS partys avec des centaines de personnes, ce qui me ressemble guère. J’ai aussi fait toutes sortes de rêves avec des gens que j’ai pas vus depuis belle lurette. J’en déduis que je m’ennuie de mes amis. Alors voilà, faut s’accrocher en espérant que ça ne s’éternise pas et, de grâce, si vous éprouvez des difficultés, faites quelques chose ! Selon une amie psychologue, les suicides sont en hausse de 30% au Québec, ce qui est considérable. C’est un dur moment à passer, mais tout finit par finir et dans pas si longtemps, on devrait pouvoir recommencer à vivre pleinement. Ne lâchons pas !

La cime, lac Trois Saumons, 2020. Photo : Lucie Couillard.

© Alain Cliche, 2021.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s