Jim Caroll – Downtown diaries [2015]

Ce livre est un recueil de chroniques rigolotes sur la vie d’un junkie à New York au début des années 1970.

Bien sûr, la drogue occupe l’avant-plan mais l’aspect le plus intéressant est sans doute qu’il cotoie nombre de personnalités — Andy Warhol, Paul Morrissey, Bob Dylan, Allen Ginsberg — et demeure critique envers elles. Voici un passage sur Warhol :

« Andy n’est pas véritablement un abbé. Il ressemble plus à un pape en exil, à qui l’on aurait accordé un sanctuaire après avoir offensé l’empire. Il flotte au-dessus de ses sujets, accordant d’une main la bénédiction sur les travaux des novices qui viennent le voir tandis que de l’autre il ne fait qu’élargir son cercle d’influence, le plus souvent vers les riches et les puissants. » [p 55] Mais si Warhol s’en tire sans trop d’égratignures, ce n’est pas le cas de Morrissey : «… une des créatures les plus dangereuses sur terre. » [p 56] Comme c’est Morrissey qui a édicté les règles strictement anti-drogue à la Factory, on ne s’étonne pas que l’auteur s’en prenne à lui de façon aussi virulente.

À travers ses yeux, on découvre aussi le Chelsea hotel, le Max’s Kansas City (où se produisait le Velvet Underground) et la Factory de Warhol (la seconde). Au sujet de la Factory, il écrit : « Je crois avoir compris comment tout ce beau monde fonctionne. Ce n’est qu’une question de surface, et tout glisse dessus […] Les sentiments sont si superficiels qu’ils ne peuvent s’épanouir et ainsi ralentir le cours des choses. Même l’ennui n’a aucune profondeur ici… » [p. 44]

Le ton est cynique et c’est avec un mépris assumé qu’on découvre certaines galeries d’art et tout ce qui a trait au bon goût, c’est-à-dire tout ce qui se trouve au-dessus de la 14e rue. Mais l’auteur n’est pas plus tendre envers la contre-culture de St-Marks-Place… Bref, le ton est punk avant l’heure et ça fait du bien de lire quelqu’un qui se gêne pas pour dire ce qu’il pense. À la page 150, le récit se déplace en Californie, ce qui ne convient pas à l’auteur et cette partie est moins intéressante. Heureusement, il retourne à New York 35 pages plus loin et on a encore droit à de bons passages, dont un quasi surréaliste avec Salvadore Dali. Fait à noter, la traduction n’est pas trop franchouillarde, ce qui était le principal écueil de son livre antérieur — Basketball diaries. L’argot parisien en plein coeur de Manhattan, très peu pour moi.

© Alain Cliche, 2021.

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