C’est ta chatte !

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Automne 2021. La neige avait déjà tout recouvert et je parlais au téléphone avec ma mère. Je me lamentais de ne pas avoir Chicou avec moi, la chatte tricolore que j’ai gardée l’an passé. Prie ! m’a répondu ma mère. Elle est comme ça ma mère ; elle a recours à la prière pour susciter de petits miracles. Comme je fais de la méditation chaque matin, ce n’était pas beaucoup plus compliqué d’adresser une ou deux prières en ce sens.

Deux ou trois semaines plus tard, Éric m’a contacté pour me demander si je pouvais m’occuper de Chicou ! Le même scénario que l’année dernière se répétait : elle se faisait attaquer par sa sœur Pinotte, ce qui ne m’a pas surpris… j’avais gardé les deux l’année précédente et Pinotte s’en prenait sans arrêt à Chicou. Elle était dans une petite cage lorsqu’il a cogné à ma porte. La pauvre était sans doute stressée par ce trajet derrière des barreaux, mais dès qu’il l’a posée sur le sol, elle s’est mise à ronronner et mon cœur a fondu en la voyant si heureuse de me revoir. Éric a ouvert la cage et elle s’est prudemment faufilée dans mon logement. Nul doute qu’elle reconnaissait l’endroit. J’avais enfin retrouvé ma compagne.

Les premiers jours, elle avait tendance à se cacher derrière la caisse de son du coin. Cette caisse pèse 138 livres et lorsqu’elle s’y réfugie, impossible d’y avoir accès. J’avais beau aller la voir et lui parler gentiment pour l’inciter à sortir, elle restait planquée. Après un moment, elle s’est mise à aller dans son panier en rotin sous la table du salon et allait derrière la caisse seulement lorsque quelqu’un venait à la maison. Bizarrement, elle allait s’y réfugier quand Éric passait pour amener de la bouffe et j’ai pensé qu’elle préférait peut-être rester avec moi.

— C’est ta chatte !

Lucie exagérait. Je savais très bien que c’était pas ma chatte, même si elle m’appréciait. Faut dire que je m’en occupe. Presque chaque jour, je la brosse doucement, change son eau, lave ses plats, vide sa litière et passe au moins une heure à la caresser, la masser et m’occuper d’elle. Elle me le rend bien. Quand je dors, elle s’appuie sur mon oreiller ou elle y monte carrément. On passe des heures ainsi l’un près de l’autre. Le matin, elle se frotte énergiquement sur mon menton en y allant de petites morsures affectueuses. En retour, je lui donne de petits bécots sur le front. Au début, elle les refusait mais elle a fini par s’y habituer.

Chicou et moi, un match parfait.

Au cours du mois de mars, j’ai dû m’absenter de mon logement une dizaine de jours pour m’occuper de ma mère qui venait de subir une chirurgie. Lorsque j’ai contacté Éric pour lui annoncer, il m’a dit qu’il allait ramener Chicou chez lui pour éviter d’avoir à se déplacer chaque jour. Ça me désolait un peu, mais ne pouvais rien y faire. L’opération de ma mère m’avait stressé un max et retrouver mon logement vide au retour n’avait rien pour me consoler. Mais, le soir même, Éric m’a ramené Chicou car elle se faisait encore attaquer par Pinotte. Ça l’air qu’elle s’était réfugiée entre deux murs de son studio ! Ce soir-là, elle est venue sur mon oreiller et elle a ronronné TOUTE la nuit ! Je pouvais pas le croire.

Il s’agissait d’un sursis ; on était en avril et il allait la reprendre en mai. Chaque jour, je la caressais longuement pour qu’elle sache que ce n’était pas ma volonté qu’elle s’en aille. Le printemps tardait et chaque jour où Éric repoussait notre séparation était une bénédiction. Il est finalement venu la chercher à la mi-mai pour l’amener au chalet. Elle est si bien là-bas que ça me consolait un peu de la laisser aller même si j’ai eu le cœur gros lorsque je l’ai vue partir. J’espère juste l’avoir à nouveau cet automne.

Chicou dans son élément.

© Alain Cliche, 2022.

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