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Kerouac – Anges de la Désolation [1965]

29 avril 2011

Anges de la Désolation ne figure sur aucune liste de livres qu’on doit avoir absolument lus. C’est pourtant un livre fort intéressant. Kerouac s’y livre plus librement que dans ses autres romans et sa prose est magnifique.

La première partie se passe sur Desolation peak où il passe deux mois comme garde forestier à surveiller les incendies. Comme il n’a pas grand-chose à faire, ça ressemble un peu à une retraite de méditation. En parfaite communion avec les éléments, Kerouac s’extasie devant les «créatures de Dieu». Ce moment sur Desolation peak a déjà fait l’objet d’un récit à la fin du livre Les clochards célestes et aussi d’une nouvelle dans Le vagabond solitaire. Alors ce n’est pas le passage le plus captivant du livre. C’est même un peu lassant. Et ça dure un peu plus de cent pages (sur cinq cent-vingt)… Mais ce passage est essentiel pour comprendre la nature contemplative de Kerouac et son besoin de solitude.

Le livre démarre vraiment lorsqu’il part de Desolation peak et arrive à Seattle, puis à San Francisco où il est plongé dans l’effervescence beat. Avec Ginsberg (Irwin dans le livre), Cassady (Cody) et une poignée d’autres, il passe un moment à vivre de façon éclatée : boîte de jazz, alcool, poésie déjantée… Il se rend ensuite au Mexique rejoindre un de ses potes junkie. Kerouac vit dans une chambre sur le toit d’une maison et passe ses journées à écrire. De temps en temps, il va chercher de la came pour son ami toxicomane qui est aussi un érudit en histoire. Loin de la scène beat, Kerouac retrouve la quiétude dont il a besoin pour s’émerveiller et écrire. Mais cette tranquillité est bientôt rompue par Ginsberg qui arrive avec les autres. L’énergie extravertie de Ginsberg est peu compatible avec le tempérament zen de Kerouac qui a besoin de calme et surtout de distance pour arriver à laisser sa conscience s’imprégner de l’instant. Sous la pression de Ginsberg, il quitte le Mexique avec les autres et fait le trajet en voiture jusqu’à New York où il retombe dans la scène beat. De fêtes en beuveries, Kerouac finit par rencontrer une amie de Ginsberg, une juive ayant des prétentions littéraires. Il aménage chez elle mais cette vie routinière lui pèse et il s’embarque sur un cargo qui part pour l’Afrique. Un des moments intéressants est sa rencontre à Tanger avec Burroughs (Hubbard dans le livre). Pour une fois, Burroughs est en forme. Kerouac se laisse entièrement absorber par ce qu’il appelle «l’instant», les odeurs et la nuit Africaine, jusqu’à ce que Ginsberg et sa bande le rejoignent à nouveau. Le party reprend mais au milieu des festivités, Kerouac semble avoir perdu ses illusions. Il laisse ses amis et, après une courte traversée de la France et un séjour à Londres où il va quémander de l’argent à son éditeur, il retourne en Amérique et entreprend la traversée du continent en autobus avec «mémère» (sa mère). Ils arrivent en Californie mais sitôt arrivée, elle s’ennuie et souhaite retourner vivre en Floride chez sa fille.

Au-delà de l’aventure et des voyages qui servent de prétexte à l’écriture, il y a la voix de Kerouac. Plus on avance dans le livre, plus on a l’impression d’être avec lui. Il nous parle de son besoin de solitude, de sa quête existentielle et de sa désillusion envers le milieu beat. Kerouac s’avère profondément humain et exprime ouvertement les doutes qui assaillent le jeune écrivain. Il n’a pas de réponse à nous donner mais pose beaucoup de questions. Et c’est un humain vulnérable et à fleur de peau qui laisse couler ses émotions sur la page. Au fond Kerouac pose la question suivante : Qu’est-ce qu’un écrivain? Tout au long du livre, ce sous-thème refait surface. Et l’on finit par comprendre que sa façon étrange de vivre, de ne jamais s’attacher nul part ni à quiconque et de vivre dans l’instant présent… sont pour lui les aspects les plus importants de l’écrivain. Vivre au présent et dans les éléments —quitte à recevoir des coups sur la gueule— pour que la prose sente le vécu.

Anges de la Désolation est un livre moins spectaculaire que ses romans plus connus mais il est plus révélateur de l’intériorité de Kerouac. Ce n’est pas un must mais c’est un livre fascinant pour quiconque veut comprendre celui qui fut la tête d’affiche de la génération beat.

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