Les animaux de ma vie

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les animaux. Quand j’étais jeune, j’ai harcelé mes parents pour avoir un chien, sans succès, mais j’allais souvent voir celui d’une voisine, Zoom, un samoyède tout blanc qui sentait la poudre pour bébé. Je passais des heures avec lui. Un jour sa maitresse est sortie dans la cour et a pris deux photos de nous et me les a données. J’étais bien content qu’elle ait immortalisé notre amitié.

La seule fois où j’ai eu un animal à moi, c’est lorsque je vivais à Montréal, en 1985. C’était une chatte tricolore que j’avais affectueusement baptisée Velcro, parce qu’elle avait l’habitude de s’accrocher à moi. Malheureusement, je déménageais souvent à cette époque et elle a fini par s’enfuir de mon logement et je ne l’ai jamais retrouvée. Je vivais en plein centre-ville, rue Bleury, et y avait deux restos asiatiques à proximité. J’espérais juste qu’elle ai trouvé un nouveau foyer et qu’elle soit bien traitée.

Je n’ai jamais eu d’autre animal, mais je me suis souvent occupé de ceux de mes amis, à commencer par Neptune, une doberman racée. André bossait dans une shop toute la journée alors j’allais la chercher et l’amenais courir dans un terrain vague. Ensuite, on allait chez moi, au grand plaisir des filles de ma voisine qui l’adoraient toutes. Parfois, elle dormait chez moi et je la gardais quelques jours. Beaucoup de gens ont peur des dobermans mais Neptune était très affectueuse. Quand je m’assoyais pour écrire, elle mettait sa tête sur mes cuisses et pouvait rester comme ça toute une heure. C’était une petite futée. Je la laissais sur mon perron sans l’attacher et elle ne se sauvais même pas. Elle regardait les gens passer. De temps en temps, elle allait faire pipi dans le petit parc juste à côté. C’est ce que m’a raconté une voisine qui l’a vue faire. Elle allait faire ses trucs comme une grande et revenait se coucher sur le perron de béton. Je l’ai malheureusement perdue de vue lorsque j’ai quitté Montréal en 2000.

Toeser (rip) et Moombassa (rip)

Par la suite, je suis allé plusieurs fois m’occuper des chats d’Hatem en Floride où je passais un mois à écrire sur mon portable au bord de sa piscine. Il avait deux chats d’intérieur mais il nourrissait aussi Rocky, un chat de gouttière qui venait manger une ou deux fois par jour. C’était un costaud et ses griffes étaient de véritables serres. Avant de le laisser monter sur moi, je devais mettre un coussin sur mes cuisses pour éviter qu’il ne bousille mon bermuda. Je suis allé m’occuper d’eux une bonne dizaine de fois réparties sur environ une décennie. Ça me faisait le plus grand bien de quitter le froid pour profiter du soleil de la Floride.

J’avais aussi un ami à New York sur la 5e avenue dans le Flat Iron district. J’allais le voir au moins une fois par année et il m’est arrivé de prendre soin de ses chats, Rosie et Freddy, durant tout un mois. Comme j’avais toujours rêvé d’habiter cette ville, j’étais comblé. C’était rudement chouette d’avoir un immense loft en plein cœur de Manhattan. Ceux qui me connaissent savent à quel point j’aime cette ville dont j’ai beaucoup parlé dans mes livres et dans certaines chroniques sur ce blogue.

La cantine chez Éric à l’heure de pointe.

Mais les animaux dont je me suis le plus occupé sont ceux d’Éric. Je suis allé d’innombrables fois à son chalet pour m’occuper de ses chats. Au début y en avait 10 mais au fil des ans, certains sont disparus et au moment où j’écris, il n’en reste plus que 7. Ma préférée a toujours été Chicou. Toute petite, elle nous suivait Éric et moi dans le bois la nuit. Et quand on faisait un feu, elle surgissait de l’obscurité et nous sautait dessus à tour de rôle. Kesse que c’était touchant. Chicou était la plus sauvage du lot. Elle se mêlait rarement aux autres chats et vivait pratiquement dehors, n’entrant dans le chalet que pour manger et y dormir lorsque le temps était mauvais. Même quand il pleuvait, elle me demandait de sortir et c’était bien la seule que je laissais aller comme ça en pleine nuit. Je savais qu’elle saurait se débrouiller.

Chicou et Pinotte sur leur fauteuil favori.

À l’automne, les chats devaient revenir en ville. L’an dernier, Éric m’a demandé d’en prendre deux et j’ai gardé Chicou et sa sœur Pinotte. En pleine pandémie, ces deux chattes étaient un don du ciel ou, si vous préférez, une présence essentielle. Chicou venait me rejoindre le matin dans le lit ; elle se collait contre ma tête et ronronnait dans mon oreille. Quant à Pinotte, elle passait des heures sur moi. Dès que je m’installais à mon bureau, elle sautait sur mes cuisses. Lorsque je m’allongeais pour faire la sieste, elle s’étendait sur moi. Même chose le soir quand je regardais une série. Avant d’aller dormir, je passais toujours une bonne quinzaine de minutes à flatter Chicou qui se mettait alors à ronronner. Elle ronronnait si fort que je ne pouvais la laisser dormir avec moi… Ses ronrons faisaient vibrer les ressorts du matelas ! Et comme elle était juste à coté de ma tête, impossible de dormir même avec des bouchons. Je me levais en général vers 5 heures pour pisser et boire. Alors que la porte de la chambre était ouverte, elle en profitait pour entrer et on prenait ensuite le temps de se cajoler. Elle s’approchait de ma tête, s’accotant sur l’oreiller, et se mettait à ronronner. Parfois elle essayait de m’arracher une mèche de cheveux et je m’étais habitué à ces rituels affectueux qui duraient une bonne heure.

Chicou à l’abri dans son panier.

Comme je disais plus haut, j’ai souvent eu à m’occuper de chats, mais là c’était différent. Quand j’ai eu la covid, j’ai été cloué au lit pendant 3 jours. Chicou a passé presque tout ce temps avec moi. Elle mettait ses petites pattes sur mon front comme si elle voulait chasser le mal de tête. Chaque fois que j’ai été malade — et c’est arrivé quelques fois — elle est venue s’occuper de moi. Après quelques mois, on formait une petite famille et j’étais toujours heureux de les retrouver quand j’arrivais à la maison. Lorsqu’il faisait beau, Pinotte s’étendait près de la fenêtre pour se faire chauffer la couenne. Parfois Chicou regardait dehors, déçue de constater qu’il neigeait encore. Je lui disais de pas se décourager, que le printemps allait arriver et qu’elle retournerait bientôt au chalet.

Éric a reporté quelques fois leur départ en raison de la météo, mais je savais que ça s’en venait. Deux ou trois jours avant que ça se produise, j’ai senti une sensation désagréable au niveau de l’estomac et ç’a considérablement empiré lorsqu’elles sont parties. Le nombril correspond au chacra des émotions. Chaque fois que je vis un stress émotif, c’est là où je le sens. Je pourrai jamais oublier le regard de Chicou alors qu’Éric l’emmenait avec lui. Le matin même, elle était venue sous les couvertures se coller contre mon ventre, ce qu’elle faisait rarement. On aurait dit qu’elle savait que j’avais de la douleur à cet endroit. Inutile de dire que j’ai été ébranlé par son départ, et je l’étais encore une semaine plus tard. En fait, j’ai été presque aussi affecté que lors de ma dernière rupture amoureuse. J’ignorais qu’on pouvait s’attacher autant à un animal.

© Alain Cliche, 2021.

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