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Grosse faim – John Fante [2001]

27 juillet 2014

Dans sa préface, Stephan Cooper raconte que lorsqu’il cherchait parmi la volumineuse documentation accumulée par Joyce Fante, la veuve de l’écrivain, il est tombé sur un tiroir rempli de nouvelles inédites. « J’eus l’impression de vivre un rêve » affirme Cooper. Pour le biographe de Fante[1], découvrir le bureau de l’écrivain rempli de photos, contrats et de manuscrits, ce devait être un peu comme gagner le gros lot. Ce livre est une compilation de nouvelles découvertes ce jour-là.

Ardoise raconte la relation problématique de la famille Fante avec l’épicier à qui elle doit une petite fortune. Jour après jour, la mère doit baisser la tête et se rendre humblement chez l’épicier pour pouvoir faire manger sa petite famille ; tâche d’autant plus humiliante que l’épicier se montre  arrogant. Cette anecdote profondément humaine illustre brillamment le rôle du crédit au sein d’une famille pauvre.

Mary Osaka, je t’aime raconte un amour impossible entre une jeune Japonaise et un Philippin. Cet amour est impossible d’abord en raison du père de la jeune fille, un Japonais aigri qui tient un restaurant de cuisine orientale ; mais aussi en raison de la haine viscérale qu’entretient la communauté philippine envers les Japonais. À travers cet antagonisme se dessine une étonnante leçon sur le racisme. La langue de Fante est particulièrement efficace. Il va jusqu’à écrire au son, comme s’expriment les immigrants qui baragouinent l’anglais, leur langue seconde. Le rythme est époustouflant et Fante frise la perfection tant dans la forme que le fond.

Plusieurs nouvelles abordent sa jeunesse et nous font vivre ses conflits intérieurs. Le pouvoir d’évocation de Fante est remarquable et on embarque aisément dans cette écriture débordante de vie. Fante est un véritable scénariste de l’émotion. Chaque détail est mis en scène de façon à nous faire ressentir ce qui se passe dans la tête des personnages.

Ses dialogues sont souvent empreints d’un réalisme brutal. Dans Le criminel, mamie accueille un Bootlegger qui «déshonore les Italiens» en lui disant : « Bonsoir crotte de chien. » [p. 56] Plusieurs autres tirades du même genre témoignent de l’intransigeance et du tempérament sanguin de cette famille italienne. Dans l’Amérique des années 1930-40, une langue aussi crue a sans doute nui à la notoriété de Fante. Une chose est sûre, quand il s’agit d’évoquer des émotions, peu d’écrivains peuvent se comparer à Fante. Ce livre en est une preuve éclatante.

[1] Stephan Cooper est l’auteur de l’excellente biographie : Plein de vie : une biographie de John Fante.

 

© Alain Cliche 2014

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From → littérature

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